Hammamet est une ville située sur la côte sud-est du cap Bon à 60 kilomètres au sud de Tunis.
Rattachée
au gouvernorat de Nabeul, elle constitue une municipalité de 63 116
habitants (nombre qui quadruple en été) et s'étend sur une superficie
de 3600 hectares. Elle forme avec l'agglomération de Nabeul une
conurbation bipolaire de 185 000 habitants.
Elle est souvent
présentée comme une station balnéaire, l'une des principales de
Tunisie. Le développement récent de la marina de Yasmine Hammamet
renforce l'importance de l'industrie touristique dans l'économie
locale. En effet, réputée depuis la deuxième moitié du XXe siècle, la
ville offre aux touristes de longues plages le long du golfe portant
son nom.
- Géographie -
Le
relief local comprend deux petites plaines côtières d'une faible
altitude : une large plaine à l'ouest et une plus étroite à l'est. Ces
deux plaines se terminent sur la mer par des plages sablonneuses
longeant le littoral sur une vingtaine de kilomètres. Au nord-ouest,
dans l'arrière-pays, se dressent une série de collines dominant la
ville et dont le point culminant ne dépasse guère 250 mètres.
Le
noyau de Hammamet est constitué par sa médina (mesurant environ 200 m
sur 200 m). À l'ouest se trouve la kasbah et, au nord, la Place des
martyrs où se trouve un monument ressemblant à la tour Eiffel et qui
rappelle les martyrs de la guerre d'indépendance. Cette dernière forme
le centre du Hammamet moderne. De là partent les 2 principaux axes de
la ville : l'avenue Habib Bourguiba et l'avenue de la République. Le
centre moderne de Hammamet (restaurants et services) se trouve aux
environs de ces deux axes.
La zone touristique se divise, à
partir du centre, en deux sections : la plus petite et plus ancienne
(Hammamet Nord) s'étale vers Nabeul et la plus grande et plus récente
(Yasmine Hammamet), située à plusieurs kilomètres à l'ouest, s'étale en
direction de Bouficha. À 3 kilomètres du centre se trouve un centre
culturel (dans l'ancienne villa du milliardaire roumain George
Sebastian) qui abrite chaque été le Festival international de Hammamet.
- Histoire -
Antiquité
À
l'époque punique, la région ne tarde pas à devenir l'une des parties
les plus fertiles du domaine agricole carthaginois. Avec la domination
romaine apparaît une agglomération urbaine : Pupput. Sous les Romains,
elle connaît un développement remarquable : de simple vicus, elle
accède au rang de colonie honoraire (Colonia Aurelia Commoda) sous le
règne de l'empereur Commode entre 185 et 192 (dans le cadre de la
romanisation de l'Afrique). Cité de Byzacène, elle se trouve au
carrefour de deux axes routiers : l'un relie la côte orientale à la
plaine céréalière de Thuburbo Majus et l'autre part de Carthage et
longe le littoral jusqu'à Leptis Magna (actuelle Libye). Dès lors, la
cité jouit des institutions municipales romaines et se pare des
monuments caractéristiques de la cité romaine.
Mais « la plus
grande partie du site gît désormais sous les fondations des grands
hôtels qui envahissent la côte. Les rares vestiges archéologiques
sauvegardés par l'Institut national d'archéologie et d'art ne peuvent
en aucun cas donner une idée, même très approximative, de la
topographie générale du site. » Parmi ces vestiges figurent des
adductions d'eau, des réservoirs, des demeures et autres édifices pavés
en général de mosaïques mais surtout des thermes romains qui justifient
le nom actuel de la ville devenu sous les arabes hammamet qui est le
pluriel de hammam qui correspond à l'utilisation que les Romains en
avaient fait depuis l'Antiquité et qu'ont poursuivi après eux les
habitants successifs. Ils attestent du degré de civilisation que cette
cité atteint à son époque. La découverte récente, sur le site de
Pupput, de la plus grande nécropole romaine d'Afrique pallie à la
rareté des textes et éclaire d'un jour nouveau le passé de la cité.
Moyen Âge
En
678, avec la conquête arabe du cap Bon, Pupput est passée sous silence
par les sources arabes : la cité désaffectée tombe en ruine. Les
Arabes, pour des considérations d'ordre géostratégique, lui préfèrent
le site de l'actuel médina qui se trouve sur un petit cap au nord de
Pupput. Le nom arabe de Hammamet est mentionné pour la première fois
par le géographe arabe Al Idrissi au XIIe siècle dans un ouvrage qu'il
aurait composé vers 1154 sur ordre du roi normand Roger II de Sicile.
Il la présente comme un fort ou château (ksar) : « Au cap d'El Hammamat
se trouve un château édifié sur un promontoire qui s'avance dans la mer
à environ un mille. » Ce fort, dont la construction remonterait aux
années 893-914 fait partie d'une série de ribats similaires ayant pour
rôle de défendre le littoral des razzias. Il est probable qu'Hammamet
aurait servi d'avant-poste littoral jusqu'en 1186-1187, date à laquelle
la ville est détruite impitoyablement par les banu Ghaniya venus des
îles Baléares.
Enceinte de la médina Une
agglomération urbaine se développe autour de ce fort, avec la fondation
d'une partie de la mosquée au XIIe siècle, à une époque critique de
l'histoire de l'Ifriqiya : invasion normande ajoutée à l'invasion
hilalienne et à l'effondrement de l'état ziride. À partir du XIIIe
siècle, il ne s'agit plus d'un fort mais d'une ville. Un voyageur
marocain parle, en 1289, de la petite ville de Hammamet et de ses
remparts blanchis à la chaux. Sous les Hafsides, on s'empresse de
construire les remparts de la ville qui auraient été achevés vers le
milieu du XIIIe siècle pour renforcer l'armature défensive du
littoral. On ordonne par ailleurs d'achever la construction de la
Grande mosquée de Hammamet. Les deux monuments, comme tant d'autres,
sont construits en matériaux prélevés sur les sites antiques voisins.
La ville prend alors une certaine importance et devient le lieu de
résidence du cadi. En outre, il semble que la ville connaisse, par
moments, une relative prospérité économique qui explique en partie les
incursions et les assauts acharnés dont elle fait l'objet tout au long
du XIVe siècle de la part des pirates pisans et catalans. Les quelques
fortifications et restaurations dont elle bénéficie aux XIVe et XVe
siècles, en l'occurrence la consolidation des remparts et l'édification
de la kasbah sur l'emplacement d'un fort datant du XIIe siècle, ne
peuvent mettre fin à ces incursions et razzias meurtrières.
Au
XVIe siècle, son déclin s'accentue : « Elle est habitée, selon Léon
l'Africain, par de très pauvres gens. Tous sont pêcheurs, bateliers,
charbonniers et blanchisseurs de toiles. Cette ville est tellement
imposée par les rois [hafsides] que les pauvres gens sont presque
mendiants. » Proie tentante, elle souffre désormais des rivalités de
deux nouveaux maîtres de la Méditerranée : les Ottomans et les
Espagnols. Ces derniers finissent par s'imposer : la ville est conquise
et la population subit des atrocités en raison de sa neutralité dans la
rivalité hispano-turque.
Époque moderne
Suite
à la conquête de 1574, la ville est confié à des Ottomans. Les
janissaires s'installent dans la kasbah et le nombre d'Ottomans,
d'origine ou d'adoption, s'accroît régulièrement. Face à cette minorité
privilégiés, la population hammamétoise est reléguée au second plan.
Mais ce phénomène ne dure pas car les Ottomans subissent profondément
l'influence de la population autochtone et sont vite assimilés :
l'apparition des Kouloughlis, issus d'unions entre Ottomans et de
femmes du pays, est à l'origine de cette assimilation. Hammamet souffre
également de la concurrence entre les États chrétiens et les régences
barbaresques : celle-ci fait l'objet de 2 razzias célèbres opérées par
la flotte de l'ordre des chevaliers de Malte (en 1602 et 1605). «
Malgré une résistance obstinée où les femmes se distinguent et qui
coûte la vie à 300 habitants, les chrétiens s'emparent de la ville et
arborent la bannière de l'ordre sur la mosquée principale. » Ainsi, la
première expédition est un succès pour les chevaliers mais la
population prend sa revanche lors de la deuxième expédition qui est un
échec retentissant pour l'ordre de Malte. Depuis, le nom de Hammamet,
défiguré dans les langues latines en Maometta, Mahomette et même
Emmamette, devient célèbre en Europe occidentale. Avec l'afflux de
réfugiés andalous chassés d'Espagne au début du XVIIe siècle,
l'agriculture maraîchère et l'arboriculture connaissent une relance
remarquable au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Hussein I Bey,
fondateur de la dynastie husseinite, visite la ville en 1727 et ordonne
la construction d'une nouvelle mosquée et la restauration de la Grande
mosquée et des remparts de la médina. Sous Hammouda Bey, l'artisanat
textile connaît un essor remarquable. Mais le XIXe siècle est une
période de difficultés au cours de laquelle la population devient de
plus en plus victime de la ponction fiscale des beys et de la pression
européenne.
Époque contemporaine Aquarelle de Macke (1914)
En
1881, la ville est conquise sans grande résistance par la Compagnie
franche de Tunisie placée sous les ordres du commandant Désiré Bordier.
Venu conquérir Hammamet, Bordier est conquis à son tour par la magie
des lieux et y fixe sa résidence et sa dernière demeure. Désormais, la
ville subit le choc de la modernité : la médina avec ses différents
pôles et structures se marginalise progressivement au profit d'un
nouveau noyau urbain extra muros. La ville inaugure plusieurs
commodités urbaines : chemin de fer (1899), électricité, téléphone,
école française, église catholique (1884), etc. Avec la création de la
municipalité en 1942, d'autres commodités sont introduites. Célèbre
pour ses citrons, Hammamet demeure avec Nabeul (jusqu'en 1930) la
première zone agrumicole du pays. De nombreux écrivains-voyageurs en
quête essentiellement d'exotisme et de pittoresque décrivent et
chantent la beauté de Hammamet par l'image et le texte, contribuant
ainsi à la renommée de la ville. Dès lors Hammamet devient une station
de villégiature hivernale fort prisée et déjà assez fréquentée au début
du XXe siècle. Le grand peintre Paul Klee, lors de son passage à
Hammamet en 1914, est ébloui par sa lumière, ses couleurs, et ses
formes. En la découvrant, il écrit : « J'ai compris en découvrant cette
petite bourgade de pêcheurs que l'art ne rend pas le visible mais qu'il
rend visible. ». Avant la Première Guerre mondiale, August Macke,
Gustave Flaubert, Guy de Maupassant, André Gide et Oscar Wilde sont
également séduits par la ville. À la suite du krach de Wall Street en
1929, un milliardaire roumain, Georges Sebastian, découvre Hammamet et
s'y fait construire une villa de rêve. Il y invite ses amis. Séduits
par le charme de l'endroit, certains acquièrent de petites maisons dans
la médina et les transforment à leur goût alors que d'autres préfèrent
construire à la campagne de somptueuses villas imitant le style
arabo-musulman de la villa Sebastian.
Hammamet attire alors
d'autres célébrités tels Jean Cocteau, Wallis Simpson et le duc de
Windsor. La Seconde Guerre mondiale met à dure épreuve la population
hammamétoise. Le palais de Sebastian est réquisitionné en 1943 par le
maréchal Rommel qui y installe son quartier général. Durant la guerre,
d'autres célébrités de passage fréquentent les lieux tels Winston
Churchill, les généraux Von Arnim, Montgomery et Eisenhower et le roi
George VI.
Après la guerre, Hammamet redevient un havre de paix
et accueille de temps à autres des hôtes prestigieux tels Bettino
Craxi, Sophia Loren ou Frédéric Mitterrand. Hammamet devient ainsi une
véritable ville cosmopolite préparant les conditions du développement
touristique après l'indépendance (1956). Quant à Sebastian, ne
souhaitant pas revenir dans sa maison, il la vend à l'État tunisien en
1962. Celui-ci la transforme en centre culturel, dont le théâtre en
plein air, ajouté à l'intérieur des jardins de la villa en 1964,
accueille chaque été le Festival international de Hammamet, le second
de Tunisie après celui de Carthage.
Au cours des décennies
suivantes, le tourisme de masse entraîne la création puis l'extension
de la zone hôtelière. L'absence de politique d'urbanisation cohérente,
le manque de respect du patrimoine, le style architectural kitsch
apprécié par la classe moyenne tunisienne et la pression du tourisme
bas de gamme ont entraîné une dégradation très sensible du site.
- Jumelages -
* France Nevers (France) depuis 1984 * Jordanie Akaba (Jordanie) depuis 1981