Hannibal Barca (en phénicien Hanni-baal signifie « qui a la faveur de Baal » et Barca, « foudre »), généralement appelé Annibal ou Hannibal, né en 247 av. J.-C. à Carthage (au nord-est de l'actuelle Tunis) et mort par suicide en 183 av. J.-C. en Bithynie (près de lactuelle Bursa en Turquie), est un général et homme politique carthaginois généralement considéré comme lun des plus grands tacticiens militaires de lhistoire.
Il grandit durant une période de tension dans le bassin méditerranéen alors que Rome commence à imposer sa puissance en Méditerranée occidentale : après la prise de la Sicile et de la Sardaigne, conséquence de la Première Guerre punique, les Romains envoient des troupes en Illyrie et poursuivent la colonisation de lItalie du Nord. Élevé, selon la tradition historiographique latine, dans la haine de Rome, il est à lorigine de la Deuxième Guerre punique que les Anciens appelaient dailleurs « guerre dHannibal ». À la fin de lannée 219, il quitte lEspagne avec son armée et traverse les Pyrénées puis les Alpes pour gagner le nord de lItalie. Pourtant, il ne parvient pas à prendre Rome. Selon certains historiens, Hannibal ne possède alors pas le matériel nécessaire à lattaque et au siège de la ville. Pour J. F. Lazenby, ce ne serait pas le manque déquipements mais celui de ravitaillement et son propre agenda politique qui empêchent Hannibal dattaquer la cité. Néanmoins, il réussit à maintenir une armée en Italie durant plus dune décennie sans toutefois parvenir à imposer ses conditions aux Romains. Une contre-attaque de ces derniers le force à retourner à Carthage où il est finalement défait à la bataille de Zama (ayant lieu entre Constantine et Tunis en Numidie).
Lhistorien militaire Theodore Ayrault Dodge lui donne le surnom de « père de la stratégie » du fait que son plus grand ennemi, Rome, adopte par la suite des éléments de sa tactique militaire dans son propre arsenal stratégique. Cet héritage lui confère une réputation forte dans le monde contemporain et il est considéré comme un grand stratège par des militaires tels que Napoléon Ier et le duc de Wellington. Sa vie sert plus tard de trame à de nombreux films et documentaires. Bernard Werber lui rend ainsi hommage au travers du personnage du « Libérateur[10] » et dun article de LEncyclopédie du savoir relatif et absolu mentionné dans son ouvrage Le Souffle des dieux.
Contexte historique
Série Rome antique
Au milieu du IIIe siècle av. J.-C., la ville de Carthage, où naît Hannibal, est fortement imprégnée de la culture helléniste issue des vestiges de lempire dAlexandre le Grand. Carthage occupe alors une place prépondérante dans les échanges commerciaux du bassin méditerranéen et possède notamment des comptoirs en Sicile, en Sardaigne, sur les côtes de lHispanie et en Afrique du Nord. Elle dispose également dune importante flotte de guerre qui assure la sécurité des routes maritimes empruntées par ses marchands : vers Alexandrie au sud de la Méditerranée et vers louest et lEspagne où se trouvent les mines dargent qui lui permettent de payer le tribut dû à Rome après la Première Guerre punique.
Lautre puissance méditerranéenne de lépoque est Rome, avec laquelle Carthage entre en conflit pendant une vingtaine dannées lors de la Première Guerre punique (« punique » est un adjectif dérivé de « phénicien » utilisé pour désigner les Carthaginois), première guerre denvergure dont Rome sort victorieuse. Cet affrontement entre la République romaine et Carthage est provoqué par un conflit secondaire à Syracuse. Il est marqué par trois phases sur des terrains dopérations terrestres et maritimes : en Sicile (264-256), en Afrique (256-250) et à nouveau en Sicile (250-241). Cest lors de cette dernière phase, puis surtout après la guerre, que Hamilcar Barca, père dHannibal, qui dirige la guerre contre Rome depuis 247, se fait connaître. Après une défaite navale aux îles Égades au nord-ouest de la Sicile, il doit, au printemps 241, signer un traité avec le consul romain Caius Lutatius Catulus[16]. Cet accord impose à Carthage de quitter la Sicile mais lui permet de conserver sa flotte.
Au lendemain de la Première Guerre punique, malgré les précautions prises par Hamilcar Barca, Carthage se trouve en difficulté pour disperser ses troupes de mercenaires qui ne tardent pas à assiéger la ville. Cet épisode est connu comme la Guerre des Mercenaires. Hamilcar parvient à réprimer cette révolte dans le sang au défilé de la Scie en 237. Rome, nayant plus dopposition, sempare de la Sardaigne qui appartient aux Carthaginois. Pour compenser cette perte, Hamilcar passe en Hispanie où il sempare dun vaste territoire au sud-est du pays. Pendant une dizaine dannées, Hamilcar mène la conquête du sud de lHispanie assisté de son gendre Hasdrubal. Cette conquête rétablit la situation financière de Carthage grâce à lexploitation des mines dargent et détain.
Ascension
Jeunesse
Hannibal Barca est le fils aîné du général Hamilcar Barca. « Barca » n'est pas un nom de famille mais il est néanmoins porté par son fils. Les historiens désignent la famille de Hamilcar sous le nom de Barcides afin déviter la confusion avec dautres familles carthaginoises où les mêmes prénoms (Hannibal, Hasdrubal, Hamilcar, Magon, etc.) sont fréquemment portés.
Il nexiste que peu de sources à propos de léducation dHannibal. On sait toutefois quil apprend dun précepteur spartiate, nommé Sosylos, les lettres grecques, lhistoire dAlexandre le Grand et lart de la guerre. Il acquiert ainsi ce mode de raisonnement et daction que les Grecs nomment « métis » et qui se fonde sur lintelligence et la ruse.
Après avoir agrandi son territoire, Hamilcar enrichit sa famille et, par la même occasion, Carthage elle-même. Poursuivant ce but, Hamilcar, sappuyant sur la cité de Gadès (Hispanie) près du détroit de Gibraltar, commence à assujettir les tribus ibères. Carthage, à ce moment, est dans un tel état dappauvrissement que sa marine est incapable de transporter son armée en Hispanie. Hamilcar est donc obligé de la faire marcher vers les colonnes dHercule puis de la faire traverser en bac le détroit de Gibraltar, entre le Maroc et lEspagne. Lhistorien romain Tite-Live déclare que quand Hannibal va voir son père et le prie de lautoriser à laccompagner, celui-ci accepte sous réserve quHannibal jure, quaussi longtemps quil vivrait, il ne serait jamais un ami de Rome. Dautres historiens rapportent quHannibal déclare à son père :
« Je jure que dès que lâge me le permettra [...] jemploierai le feu et le fer pour briser le destin de Rome. »
Son apprentissage de la pratique de laction militaire intervient rapidement sur le terrain sous légide de son père puis de son beau-frère Hasdrubal le Beau qui succède à Hamilcar tué sur le champ de bataille contre des rebelles espagnols en 229 ou en 230 et le nomme à la tête de la cavalerie. Dans ce domaine, Hannibal dévoile très tôt son endurance et son sang-froid, sachant également se faire apprécier et admirer de ses soldats. Hasdrubal poursuit quant à lui une politique de consolidation des intérêts ibériques de Carthage. Ainsi, il marie Hannibal à une princesse ibère prénommée Imilce, avec qui il aurait eu un fils. Cependant, cette alliance reste considérée comme probable et nest pas attestée de tous. Par ailleurs, Hadrusbal signe en 226 un traité avec Rome partageant la péninsule ibérique en deux zones dinfluence[24]. LÈbre en constitue la frontière[24], Carthage ne devant pas sétendre au-delà de ce fleuve dans la mesure où Rome ne sétendrait pas non plus au sud du cours deau. En 221, Hasdrubal fonde la nouvelle capitale, Carthagène située en Murcie (sud de lEspagne). Mais, un peu plus tard, un esclave gaulois, accusant Hadrusbal davoir assassiné son maître lassassine à son tour en 221.
Commandant en chef
Hannibal est alors choisi par larmée carthaginoise pour succéder à Hadrusbal en tant que commandant en chef. Il est ensuite confirmé dans cette fonction par le gouvernement malgré lopposition de Hannon (riche aristocrate carthaginois). Il a alors à peine 25 ans. Tite-Live donne à cette époque cette description du jeune général carthaginois :
« Hannibal, dès son entrée en Espagne, attira sur lui tous les yeux. « Cest Hamilcar dans sa jeunesse qui nous est rendu », sécriaient les vieux soldats. « Même énergie dans le visage, même feu dans le regard : voilà son air, voilà ses traits ». »
Après avoir assumé le commandement, Hannibal passe deux ans à consolider les possessions hispaniques et à terminer la conquête des territoires au sud de lÈbre. Cependant, Rome, redoutant la puissance grandissante dHannibal en Hispanie, conclut une alliance avec la ville de Sagonte, pourtant située à une distance considérable au sud de lÈbre dans la zone reconnue à linfluence carthaginoise, et déclare la cité sous son protectorat. Largumentaire romain sappuie sur le traité de 241 qui interdit à Carthage de sattaquer à un allié de Rome tandis quHannibal met en avant le traité signé par Hasdrubal qui lui reconnaît la souveraineté carthaginoise au sud de lÈbre. Hannibal encercle Sagonte et mène le siège de la ville qui tombe en 219, probablement au mois de novembre, après huit mois. Rome réagit à ce quelle considère comme une violation du traité et réclame justice auprès du gouvernement carthaginois. En raison de la grande popularité dHannibal et du risque de perte du prestige carthaginois en Hispanie, le gouvernement oligarchique de Carthage ne renie pas ces actions et la guerre à laquelle le général avait pensé, la Deuxième Guerre punique, est déclarée à la fin de lannée.
Préparatifs
Après que les Carthaginois ont encerclé et détruit Sagonte, les Romains décident de contre-attaquer sur deux fronts en Afrique du Nord et en Hispanie, à partir de la Sicile qui doit leur servir de base opérationnelle. Cependant, Hannibal met en place une stratégie pour le moins inattendue : il veut porter la guerre au cur de lItalie par une marche rapide à travers lHispanie et le sud de la Gaule. Sachant que sa flotte est largement inférieure à celle des Romains, il ne les attaque pas par la mer : il choisit un trajet terrestre beaucoup plus long mais plus intéressant car il lui permet de recruter en chemin bon nombre de mercenaires ou de sallier aux peuples celtes désireux den découdre avec les Romains. Avant son départ, il joue habilement avec ses effectifs et envoie en Afrique du Nord des contingents dIbères tandis que des Libyens viennent assurer la sécurité des possessions de Carthage en Hispanie.
Jusquà la fin du printemps 218, période à laquelle il quitte Carthagène, Hannibal met sur pied une grande armée et envoie des représentants négocier son passage à travers les Pyrénées et nouer des alliances le long de son trajet. Selon Tite-Live, Hannibal traverse lÈbre avec 90 000 fantassins et 12 000 cavaliers. Il laisse un détachement de 10 000 fantassins et 1 000 cavaliers pour défendre lHispanie ainsi que 11 000 Ibères qui se montrent réticents à quitter leur territoire. Il disposerait donc de 70 000 fantassins et 10 000 cavaliers après le passage des Pyrénées. Selon dautres sources, il parvient en Gaule à la tête de quelques 40 000 fantassins et 12 000 cavaliers. Il est toutefois difficile dévaluer ses effectifs réels. Certaines estimations vont jusquà 80 000 hommes. À son arrivée en Italie, il semble diriger, selon les sources, entre 20 000[43] et 50 000[28] fantassins et entre 6 000[43] et 9 000 cavaliers. Dautre part, à plusieurs reprises, Carthage envoie des renforts à Hannibal, du moins, au début de la guerre. De plus, plusieurs peuplades se rallient, même provisoirement, à Hannibal. Ainsi, 40 000 Gaulois s'ajoutent à l'armée carthaginoise.
Par ailleurs, Hannibal possède quelques éléphants de guerre dont le rôle est important dans les armées de lépoque et que les Romains connaissent bien pour en avoir rencontré en se battant contre les troupes de Pyrrhus Ier. En réalité la plupart des 37 éléphants dHannibal, ce qui est un chiffre assez faible si on le compare à celui dautres armées de lépoque hellénistique, meurent dans la traversée des Alpes ou dans lhumidité des marais étrusques. Le seul survivant est utilisé comme monture par Hannibal. En effet, Hannibal aurait perdu son il droit lors dune bataille mineure et utiliserait ce moyen de transport pour ne pas entrer au contact de leau. Selon dautres historiens, Hannibal souffrirait en fait dune ophtalmie qui le rend borgne.
Voyage vers lItalie Hannibal pénètre en Gaule en évitant soigneusement de sattaquer aux villes grecques de Catalogne. On pense que, après avoir franchi les Pyrénées au col du Perthus et établi son campement près de la ville dIllibéris actuelle Elne à proximité de Perpignan , il se dirige sans encombre jusquau Rhône, où il arrive en septembre avant que les Romains ne puissent empêcher son passage, à la tête de quelque 38 000 fantassins, 8 000 cavaliers et 37 éléphants de guerre.
Après avoir évité les populations locales, qui tentent darrêter sa progression, Hannibal échappe à une troupe romaine venant de la côte méditerranéenne en remontant la vallée du Rhône. Les Romains venant de conquérir la Gaule cisalpine, Hannibal espère, sil parvient à traverser les Alpes, trouver un renfort chez les Gaulois du nord de l'Italie.
Traversée des Alpes
Litinéraire emprunté par Hannibal reste toujours sujet à polémiques[26]. En octobre 218[24], les Alpes peuvent être franchies par le col du Petit-Saint-Bernard, par celui du Mont-Cenis ou encore par celui de Montgenèvre. Certains auteurs indiquent quil emprunte le col du Clapier ou, plus au sud, le col de Larche. Les détails fournis par Polybe et Tite-Live sont très imprécis. Par ailleurs, aucune trace archéologique napporte de preuves irréfutables dun quelconque itinéraire. Toutes les hypothèses avancées, souvent par des spécialistes mais aussi par des auteurs plus imaginatifs, le sont sur linterprétation des textes de Tite-Live et de Polybe (près dun millier douvrages ont déjà été écrits sur le sujet).
Lune des caractéristiques majeures du col par lequel Hannibal aurait franchi les Alpes est la vue que lon a du col sur la plaine du Pô. Hannibal y aurait en effet montré la plaine du Pô à ses soldats affamés et découragés. Dans les Alpes septentrionales, du Montgenèvre au Grand-Saint-Bernard, seul le col de Savine-Coche et le col de Larche permettent cette vue. Reste que les partisans du Petit-Saint-Bernard contestent le sens de la phrase de Polybe, qui écrit :
« Les soldats, consternés par le souvenir des maux quils avaient soufferts, et ne se figurant quavec effroi ceux quils avaient encore à endurer, semblaient perdre courage. Hannibal les assemble, et comme du haut des Alpes, qui semblent être la citadelle de lItalie, on voit à découvert toutes ces vastes plaines que le Pô arrose de ses eaux, il se servit de ce beau spectacle, unique ressource qui lui restait, pour remettre ses soldats de leur frayeur. En même temps, il leur montra du doigt le point où Rome était située et leur rappela quils avaient pour eux la bonne volonté des peuples qui habitaient le pays quils avaient sous les yeux. »
Cette scène est représentée dans de nombreux tableaux et dessins dont lun de Francisco de Goya. Les partisans du Petit-Saint-Bernard affirment que les brouillards qui sélèvent souvent de la plaine du Pô empêchent de voir celle-ci. Pourtant, cette plaine a été vue et photographiée de nombreuses fois. Un exemple figure sur le site de Patrick Hunt, professeur darchéologie à Stanford, consacré à ses recherches du col par lequel Hannibal serait passé en Italie. Ce dernier considère lui aussi le col du Clapier comme le seul col qui réponde parfaitement aux textes antiques. Polybe donne également une autre caractéristique majeure :
« Hannibal, arrivé dans lItalie avec larmée que nous avons vue plus haut, campa au pied des Alpes, pour donner quelque repos à ses troupes [...] il tâcha dabord dengager les peuples du territoire de Turin, peuples situés au pied des Alpes. »
Dans les Alpes septentrionales, un seul col satisferait à ces deux conditions (vue sur la plaine du Pô et peuplement des Taurins) : le col du Clapier. Ainsi, depuis le colonel Perrin en 1883, de nombreux auteurs se rallient à cette thèse. La seule exception notable est la thèse de Sir Gavin de Beer (publiée en 1955) qui propose le col de la Traversette dans les Alpes méridionales, près du mont Viso. Son tracé ne traverse pas le pays des Allobroges et son hypothèse est violemment contestée, y compris en Angleterre.
Enfin, lusage habituel des historiens antiques étant dimaginer des discours vraisemblables placés dans la bouche des personnages historiques, il ny a guère de raisons de croire à lauthenticité absolue de cette scène, et au geste dorateur qui laccompagne. Dès lors quil est possible que la scène relatée soit une aimable image dÉpinal, la comparaison des divers chemins envisageables ne peut emporter de décision définitive.
Selon les sources, Hannibal perd lors de cette traversée, entre 3 000 et 20 000 hommes. Les quelques survivants arrivant en Italie sont affamés et ont souffert du froid.
Choix décisif
Quel que soit le passage choisi, la traversée des Alpes est lun des choix tactiques les plus marquants de lAntiquité. Hannibal parvient à traverser les montagnes malgré les obstacles que sont le climat, le terrain, les attaques des populations locales et la difficulté de diriger des soldats dorigines ethnique et linguistique diverses.
Après avoir passé les Alpes et être parvenu dans la région de Turin avec des troupes très réduites, Hannibal bat coup sur coup les premières troupes romaines qui lui sont opposées au Tessin et à la Trébie actuelle Trebbia, rivière du nord de lItalie. La bataille du Tessin, qui est plus quune simple escarmouche entre la cavalerie romaine du consul Publius Cornelius Scipio et la cavalerie carthaginoise, démontre dentrée les qualités militaires dHannibal. Il utilise au mieux sa cavalerie numide, profitant du moindre avantage topographique et réussissant une manuvre dencerclement. La bataille de la Trébie, en décembre 218, amène les Gaulois à se rallier à Hannibal contre leurs récents vainqueurs romain.
Bataille de la Trébie
La difficile marche dHannibal le conduit en territoire romain et contrecarre les tentatives de ses ennemis de résoudre le conflit en territoire étranger. Son apparition soudaine après la traversée de la Gaule et de la vallée du Pô lui permet de rompre lallégeance récente des tribus locales à Rome avant que cette dernière ne puisse réagir contre la rébellion.
Publius Cornelius Scipio, consul dirigeant les forces romaines destinées à intercepter Hannibal, ne sattend pas à ce quHannibal tente de traverser les Alpes, les Romains sétant préparés à laffronter dans la péninsule ibérique. Disposant dun faible détachement positionné en Gaule, Scipio tente dintercepter Hannibal. De promptes décisions et des mouvements rapides lui permettent, en transportant son armée par la mer, darriver à temps pour rattraper Hannibal.
Les forces dHannibal traversent quant à elles la vallée du Pô et se trouvent engagées dans une confrontation secondaire : la bataille du Tessin. À ce moment, Hannibal oblige les Romains à évacuer la plaine de Lombardie du fait de la supériorité de sa cavalerie. Bien que cela constitue une victoire mineure, elle incite les Gaulois et les Ligures à se joindre aux Carthaginois, ce qui augmente la taille de larmée de 40 000 hommes dont 14 000 Gaulois. Publius Cornelius Scipio se trouve gravement blessé et se retire au-delà de la rivière Trébie pour établir un camp à Plaisance, en Émilie-Romagne, sauvegardant ainsi son armée[66]. Lautre armée consulaire est envoyée en urgence dans la vallée du Pô. Avant que la nouvelle de la défaite du Tessin natteigne Rome, le Sénat romain ordonne au consul Tiberius Sempronius Longus de ramener son armée de Sicile pour se joindre à Scipio et affronter Hannibal.
Ce dernier, par dhabiles manuvres, est en position de le contrer vu quil contrôle la route reliant Plaisance à Arminum que Sempronius doit emprunter pour renforcer Scipio. Il prend ensuite Clastidium actuelle Casteggio en Lombardie où il trouve de grandes quantités dapprovisionnements pour ses hommes. Mais ce succès nest pas complet car Sempronius, profitant du manque de vigilance dHannibal, se glisse sur son flanc et rejoint le camp de Scipio à côté de la rivière Trébie près de Plaisance. En décembre 218, Hannibal a loccasion de démontrer une nouvelle fois ses capacités militaires supérieures durant la bataille de la Trébie. Après avoir épuisé la résistance de linfanterie romaine, il la taille en pièces par une attaque surprise qui débute par une embuscade sur les flancs.
Bataille du lac Trasimène
Après les victoires du Tessin et de la Trébie, les Carthaginois se reposent à Bologne puis continuent leur descente vers Rome. Ayant sécurisé sa position dans le nord de lItalie par sa victoire, Hannibal prend ses quartiers dhiver avec les Gaulois dont le soutien diminue. Au printemps 217, il décide détablir une base dopérations plus fiable plus au sud. Pensant quHannibal souhaite avancer vers Rome, Caius Servilius Geminus et Caius Flaminius Nepos, les nouveaux consuls, mobilisent leurs armées afin de bloquer les routes de lest et de louest quHannibal est susceptible demprunter pour aller à Rome. La seule autre route vers lItalie centrale se trouve à lembouchure de lArno. Cet itinéraire passe par un grand marais qui est submergé plus que dhabitude à cette période de lannée. Hannibal sait cette route particulièrement difficile mais elle est aussi la plus sûre et certainement la plus rapide du centre de lItalie. Comme lhistorien Polybe lindique, les hommes dHannibal marchent quatre jours et trois nuits sur « une route qui était sous les eaux » et souffrant terriblement de la fatigue encore renforcée par le manque de sommeil.
Le général traverse les Apennins et lArno prétendument infranchissable sans opposition. Mais, dans les plaines marécageuses, il perd une grande partie de ses forces y compris, semble-t-il, ses derniers éléphants. En arrivant en Étrurie (actuelle Toscane), Hannibal décide dattirer la principale armée romaine, commandée par Flaminius, dans une bataille rangée en dévastant sous ses propres yeux le territoire quelle est censé protéger. Comme Polybe le rapporte :
« Il [Hannibal] calcula que sil contournait le camp et faisait irruption dans le territoire au-delà, Flaminius (en partie par crainte de reproches populaires et en partie à cause de sa propre irritation) serait incapable de supporter passivement la dévastation du pays, mais au contraire le suivrait spontanément... lui offrant ainsi des occasions de l'attaquer. »
Dans le même temps, Hannibal tente de rompre lallégeance des alliées de Rome en leur montrant que Flaminius est incapable de les protéger. Malgré tout cela, Flaminius reste passivement retranché à Arretium. Incapable dentraîner Flaminius dans la bataille par le seul fait de la dévastation, Hannibal décide de marcher en force contre le flanc gauche de son adversaire, ce qui a pour effet de couper ce dernier de Rome. Cette manuvre est reconnue comme étant le premier mouvement tournant de lHistoire.
Progressant ensuite au travers des hautes terres dÉtrurie, Hannibal engage la poursuite de Flaminius et, le 21 juin, le surprenant dans un défilé sur la rive du lac Trasimène, détruit son armée dans les eaux ou sur les pentes voisines (les Romains laissent environ 15 000 hommes sur le terrain) et tue Flaminius lui-même. Il a désormais éliminé la seule force terrestre qui aurait pu mettre en échec son avancée sur Rome mais, réalisant que sans machines de siège il ne peut espérer prendre la capitale, il préfère exploiter sa victoire en se déplaçant au centre et au sud de lItalie et en encourageant une révolte générale contre le pouvoir central. Après Trasimène, Hannibal déclare :
« Je ne suis pas venu me battre contre les Italiens mais au nom des Italiens contre Rome. »
Les Romains nomment alors Fabius Cunctator comme dictateur. Se départissant des traditions militaires romaines, Fabius adopte une nouvelle stratégie qui porte plus tard le nom de « stratégie de Fabius » refusant la bataille frontale avec son adversaire tout en positionnant plusieurs armées romaines dans le voisinage dHannibal afin de limiter ses mouvements.
Après avoir ravagé les Pouilles sans arriver à provoquer Fabius, Hannibal décide de traverser le Samnium et la Campanie, lune des plus riches et plus fertiles provinces dItalie, en espérant que la dévastation décide Fabius à se battre. Ce dernier suit de près la route dHannibal tout en refusant toujours de se laisser entraîner au combat, restant ainsi sur la défensive. Cette stratégie est très impopulaire chez beaucoup de Romains qui la considèrent comme de la lâcheté. Hannibal décide quil nest pas sage de passer lhiver dans les basses terres dévastées de Campanie mais Fabius tente de le bloquer en sassurant de toutes les passes pour sortir de Campanie. Pour contrer cette tactique, Hannibal leurre les Romains en leur faisant croire que larmée carthaginoise veut séchapper par les bois. Tandis que les Romains font mouvement vers la forêt, larmée dHannibal trouve une passe libre et la traverse sans opposition. Fabius est encore à distance pour frapper, mais cette fois sa prudence joue contre lui. Pressentant, à juste titre, un stratagème, il reste sur place. Pendant lhiver, Hannibal prend des quartiers confortables dans la plaine des Pouilles. En exfiltrant son armée Hannibal réussit, comme le qualifie Adrian Goldsworthy, « un classique de la tactique militaire antique trouvant sa place dans presque tous les récits historiques de la guerre et qui a été utilisé dans les manuels militaires ultérieurs ». Cela porte un coup sévère au prestige de Fabius, et peu après, les Romains le forcent à partager son commandement avec son maître de cavalerie Marcus Minucius Rufus.
Cannes et ses conséquences
Hannibal, qui na pas lintention dattaquer Rome dans un premier temps, vise lApulie, et notamment la ville de Capoue. Au printemps 216, il prend linitiative en attaquant un dépôt important de ravitaillement à Cannes. Par cette action, le général se place entre les Romains et leur source cruciale de vivres. Les citoyens romains élisent Caius Terentius Varro et Lucius Aemilius Paullus nouveaux consuls. Espérant la victoire, ces derniers lèvent une nouvelle armée Rome na alors jamais formé une armée aussi nombreuse estimée à près de 100 000 hommes. Ces derniers renoncent par là-même à la tactique efficace, mais lente, dévitement et optent pour un choc frontal. La rencontre, considérée comme un chef-duvre de tactique dHannibal, a finalement lieu le 2 août 216 sur la rive gauche de la rivière Ofanto (sud de lItalie) près de laquelle les Romains installent leur campement. Les armées des deux consuls sont réunies, ces derniers alternant quotidiennement le commandement des troupes. Varro, choisi comme chef pour la première journée, est déterminé à vaincre Hannibal[76]. À la tête de 50 000 hommes, le Carthaginois capitalise sur la colère de Varro et lattire dans un piège en usant dune tactique dencerclement. Il élimine ainsi lavantage numérique des Romains en réduisant la surface de combat. Hannibal place son infanterie la plus faible en demi-cercle et la renforce par des cavaliers gaulois et numides sur ses flancs. Les légions romaines qui sétalent sur un kilomètre et demi sengouffrent dans la partie centrale mais les flancs carthaginois suivent le mouvement et enferment les légionnaires. Lefficacité de la cavalerie dHannibal est irrésistible et Hasdrubal (à ne pas confondre avec Hasdrubal Barca qui commande le flanc gauche), après avoir contourné les troupes romaines par larrière, attaque la cavalerie de Varro. Larmée romaine na plus aucun moyen de séchapper.
À la fin de la bataille, Hannibal récupère les anneaux des chevaliers romains tombés au combat, ce qui lui permet de donner la preuve irréfutable au gouvernement carthaginois de sa victoire sur les Romains.
Grâce à sa brillante tactique, Hannibal, bien que disposant de moins dhommes, parvient à anéantir pratiquement la totalité des forces rivales. La bataille de Cannes est la plus désastreuse défaite des Romains. Les pertes de ces derniers sont évaluées entre 25 000 et 70 000 morts. Parmi les morts figurent le consul Lucius Aemilius Paullus ainsi que deux anciens consuls, deux questeurs, 29 des 48 tribuns militaires et 80 sénateurs (25 % à 30 % du total de ses membres). De plus, 10 000 Romains sont capturés par Hannibal. Cette bataille est lune des plus sanglantes de lHistoire en termes de pertes durant une seule journée. Quant aux Carthaginois, ils perdent 6 000 hommes.
Cette victoire sexplique par la tactique utilisée lors du combat mais aussi par lhabileté politique dHannibal qui utilise les erreurs de ses adversaires. Il pousse ainsi plusieurs fois les consuls, pressés de remporter une victoire avant la fin de leur mandat, à la faute comme au lac Trasimène. Cela suppose une connaissance fine des institutions romaines et des acteurs politiques. Les espions puniques, souvent de simples commerçants, jouent également un grand rôle dans cette guerre.
Après Cannes, les Romains ne sont plus aussi enthousiastes pour affronter Hannibal directement et préfèrent le vaincre par le harcèlement en se basant sur leurs avantages numérique et en matière de ravitaillement. Cest pourquoi, Hannibal et Rome ne saffrontent plus sur le territoire italien jusquà la fin de la guerre. Néanmoins, refusant à tout prix de sincliner, Rome lève même de nouvelles troupes.
Leffet de cette victoire carthaginoise pousse de nombreuses parties de lItalie à se rallier à la cause dHannibal. Comme le note Tite-Live, « le désastre de Cannes fut plus grave que les précédents, on en a déjà un indice dans ce fait que la fidélité des alliés, qui jusquà ce jour était restée ferme, commença à chanceler, sans aucune raison, assurément, sinon quils désespéraient de lempire ». Durant la même année, les cités grecques de Sicile se révoltent contre le contrôle politique des Romains alors que le roi Philippe V de Macédoine apporte son appui à Hannibal, lançant par la même la Première guerre macédonienne contre Rome. Hannibal noue aussi une alliance avec le nouveau roi Hiéronyme de Syracuse. On affirme souvent que si Hannibal avait reçu le matériel nécessaire de la part de Carthage, il aurait pu conduire une attaque directe contre Rome. Pour le moment, il se contente de harceler les forteresses qui lui résistent encore et le seul événement marquant de lannée est la défection de certains territoires italiens importants tels que Capoue, la seconde ville dItalie, dont Hannibal fait sa nouvelle base. Néanmoins, seul un petit nombre des cités italiennes quHannibal espère rallier consentent à le rejoindre.
En réalité, ce que souhaite Hannibal, outre reprendre la Sicile, est moins la destruction de Rome en tant que ville quen tant quentité politique, doù son refus de tenter de prendre la ville après la bataille de Cannes et la fameuse phrase attribuée à son chef de cavalerie Maharbal :
« Tu sais vaincre, Hannibal ; tu ne sais pas profiter de la victoire. »
En fait, Hannibal utilise ses victoires pour essayer de faire basculer dans son camp les cités soumises à Rome. Les prisonniers, par exemple, sont divisés en deux groupes. Les citoyens romains qui sont réduits à lesclavage ou proposés au rachat et les citoyens latins ou alliés qui sont renvoyés chez eux.
« Délices de Capoue »
Peu après la bataille de Trasimène en 217, Hannibal fait libérer trois chevaliers de Capoue qui, quelque temps après, lui proposent de prendre possession de la ville. Hannibal attend plus dun an afin davoir lappui des notables de la ville, ce qui se réalise après la bataille de Cannes. La ville (aujourdhui connue sous le nom de Santa Maria Capua Vetere) aurait « offert aux soldats carthaginois de nombreux plaisirs amollissant leurs forces ». Cest en tout cas le sens de l'expression fameuse « délices de Capoue », une expression dont on ne sait trop si elle correspond à la réalité. En fait, si Hannibal temporise à Capoue, cest quil espère une désagrégation totale de la confédération italienne ainsi que de nouvelles alliances qui lui permettraient enfin dobtenir la domination sur mer. De fait, les peuples et les cités dItalie centrale et méridionale sont nombreux à sallier au Carthaginois. En 216, le Bruttium (actuelle Calabre) bascule tout comme Lokroi Epizephyrioi (actuelle Locri) et Crotone en 215. En 212, cest aussi le cas de Métaponte dans le golfe de Tarente, Thourioi, près de Sybaris, et Tarente, dans les Pouilles. Ces cités sajoutent aux Gaulois de Cisalpine et à Capoue. Pourtant, Rome tient bon et Latins, Étrusques et Ombriens lui demeurent fidèles.
Parallèlement, Hannibal pose des jalons en Sicile qui constitue son objectif premier. Le jeune roi de Syracuse, Hiéronyme, abandonne lalliance romaine et permet à des troupes carthaginoises de débarquer en 214. Les cités dHéracléa Minoa et dAgrigente, toutes deux situées en Sicile, acceptent également lalliance avec les Carthaginois. Il faut préciser quHannibal a lhabileté de proposer un système dalliance, moins contraignant que le modèle romain de sujétion, ce dernier laissant aux populations un ensemble de droits plutôt réduits et réclamant des charges humaines et financières lourdes.
Au contraire, Hannibal sinspire du modèle grec, à savoir une cité hégémonique qui assure la sécurité de ses alliés auxquels est rendue la liberté. Hannibal reprend ainsi le discours sur la liberté des Grecs. Cette idée, défendue en son temps par Antigone le Borgne, dont le descendant Philippe V de Macédoine conclut une alliance avec Hannibal en 215, est ainsi reprise par le conquérant carthaginois et lui permet de rejeter, aux yeux de certains Grecs de Sicile et du sud de lItalie, les Romains dans le monde barbare.
Retournement de situation
À partir de 212, Hannibal connaît des difficultés de plus en plus grandes. En effet, depuis 215, les Romains reprennent la stratégie de Fabius Cunctator et évitent daffronter Hannibal en bataille rangée. Ils augmentent également leurs effectifs par une politique denrôlement desclaves et de jeunes hommes de moins de 17 ans. Mais surtout, ils comprennent à quel point il est nécessaire de reprendre loffensive sur le terrain politique et idéologique. Sous la direction d'un sénateur féru de lettres grecques, Quintus Fabius Pictor, une histoire de Rome à la tournure anti-punique est rédigée. Hannibal et les Carthaginois y sont décrits comme étant indignes de confiance, impies et cruels. En contrepoint, les Romains sont présentés comme respectueux des accords, pieux et pratiquant la tempérance. Cest de cette manière que se met en place la définition de la « coutume des anciens », le mos majorum, qui devient la norme morale de référence de la fin de la République romaine.
Sur le terrain militaire, les Romains, sous la direction de Marcus Claudius Marcellus, reprennent Syracuse en 212 puis Capoue en 211 après deux sièges successifs. Une contre-offensive dHannibal pour reprendre Capoue en 211 échoue ainsi quun raid de cavalerie sur Rome même. Les Romains parviennent à détruire une armée carthaginoise en Sicile et pacifient lîle en salliant avec la Ligue étolienne afin de contrer Philippe V qui tente de profiter de la situation pour conquérir lIllyrie mais, attaqué sur plusieurs fronts, est rapidement submergé par Rome et ses alliés grecs.
En 210, Hannibal prouve à nouveau sa supériorité tactique en infligeant une sévère défaite à larmée proconsulaire de Gnæus Fulvius Centumalus à Herdoniac (actuelle Ordona en Apulie) et détruit en 208 une force romaine engagée dans le siège de Lokroi Epizephyrioi. Mais la perte de Tarente en 209, qui est reprise par Fabius Cunctator et est traitée avec dureté, et la reconquête progressive du Samnium et de la Lucanie (actuelle Basilicate) par les Romains avec une série de victoires à Salapia en 208 et à Grumentum en 207 lui font perdre le contrôle du sud de lItalie. Il parvient pourtant à revenir en Apulie en 207 et y attend son frère Hasdrubal Barca pour marcher sur Rome.
Pendant ce temps, les Romains tentent de contre-attaquer en Hispanie, sous le commandement de Publius Cornelius Scipio et de son frère Gnaeus Cornelius Scipio Calvus (217-212), mais sans grand succès si lon excepte la prise de Sagonte en 212. Tous deux, tués la même année, sont remplacés par Scipion lAfricain qui prend Carthagène en 209. Hasdrubal parvient cependant à quitter lHispanie avec une armée de secours et gagne lItalie par voie terrestre. Mais il est tué sur les rives du Métaure en 207, suite à une audacieuse manuvre stratégique du consul romain qui, chargé de surveiller Hannibal, rejoint son collègue pour faire face à Hasdrubal. À lannonce de la défaite et de la mort de son frère, Hannibal se retire dans le Bruttium où il stationne durant les années qui suivent. La combinaison de ces événements marque la fin des succès dHannibal en Italie. Dès 206, les hostilités sont terminées en Hispanie et en Sicile au bénéfice des Romains. La même année, le second frère dHannibal, Magon, vaincu en Hispanie, parvient à porter la guerre en Ligurie. Il est finalement vaincu par Quintilius Varus et tente de rejoindre son frère avec les débris de ses troupes. En 205, les Romains reprennent le port de Lokroi Epizephyrioi où Hannibal attend en vain une flotte de son allié Philippe V puis, après la défaite de ce dernier contre les Étoliens en 208, une flotte de Carthage qui concentre ses efforts à sauvegarder ses intérêts commerciaux en Hispanie.
Bataille de Zama
Les Romains, dirigés par Scipion lAfricain, obtiennent un important succès diplomatique en 206 en sattachant les services du prince numide Massinissa, ancien allié de Carthage en Hispanie entré en conflit personnel avec Syphax, un allié numide de Carthage. En 204, ils débarquent en Afrique du Nord pour forcer Hannibal à quitter lItalie et mener le combat sur ses terres.
En 203, après près de 15 ans de combats en Italie, alors que Scipion progresse et que les Carthaginois favorables à la paix menés par Hannon le Grand tentent de négocier un armistice au lieu de renforcer les troupes dHannibal, ce dernier est rappelé par le camp favorable à la poursuite de la guerre mené par les Barcides tout comme son frère Magon qui meurt au cours de la traversée du retour. Après avoir laissé une trace de son expédition gravée en punique et en grec ancien sur des tablettes du temple de Junon à Crotone, il appareille pour son retour. Les navires débarquent à Leptis Minor (actuelle Lamta) et Hannibal prend, après deux jours de voyage, ses quartiers dhiver près de Hadrumète. Son retour renforce immédiatement le camp favorable à la guerre qui le place à la tête dune force regroupant ses mercenaires dItalie et des conscrits locaux. En 202, Hannibal rencontre Scipion au cours dune tentative de conciliation. Malgré leur admiration mutuelle, les négociations échouent en raison des références romaines à la rupture du traité liant la cité ibérique de Sagonte à Rome et le pillage dune flotte romaine échouée sur la côte du golfe de Tunis. Un plan de paix est néanmoins en préparation qui stipule que Carthage ne conserverait que ses territoires en Afrique du Nord, que le royaume de Massinissa serait indépendant, que Carthage réduirait la taille de sa flotte et quelle paierait une indemnité de guerre. Mais, renforcés par le retour dHannibal et le ravitaillement pris à la flotte romaine, les Carthaginois rejettent les clauses du plan.
La rencontre décisive a lieu à Zama le 19 octobre 202. Contrairement à la majorité des batailles de la Deuxième Guerre punique, les Romains disposent dune meilleure cavalerie que les Carthaginois qui eux se rattrapent avec une infanterie supérieure. La supériorité romaine est due au ralliement de la cavalerie numide de Massinissa. Hannibal, souffrant dune santé fragilisée par ses années de campagne en Italie, possède encore lavantage du nombre avec 80 éléphants de guerre et 15 000 vétérans des guerres dItalie, même si le reste de son armée est composée de mercenaires celtes dont la motivation est relative ou de citoyens carthaginois peu aguerris. La stratégie utilisée par Hannibal est la même que celle utilisée à Cannes. Mais la tactique romaine ayant évolué depuis 14 ans, la tentative dencerclement échoue et les Carthaginois sont finalement défaits.
Hannibal perd près de 40 000 hommes contre 1 500 pour les Romains et le respect de son peuple à loccasion de la dernière bataille majeure de la guerre. La cité punique est contrainte de signer la paix avec Rome et Scipion, dès lors surnommé Scipion lAfricain, de renoncer à sa flotte de guerre et à son armée. Elle est aussi soumise à un lourd tribut de guerre payable en cinquante annuités.
Après Zama
Carrière politique
Obligé de signer le traité de paix avec Rome en 201 qui prive Carthage de son ancien empire, Hannibal alors âgé de 46 ans décide de prendre part à la vie politique carthaginoise en dirigeant le parti démocrate.
La cité est en effet divisée en deux grandes tendances. Dabord, le groupe démocrate, qui est principalement dirigé par les Barcides, est très attaché à un ancrage foncier en Afrique, et donc à des conquêtes de terres aux dépens des Numides. Le deuxième mouvement est une oligarchie conservatrice regroupée autour de Hannon le Grand dont la prospérité repose sur le commerce, les taxes portuaires et les tributs imposés aux cités soumises. Élu suffète en 196, Hannibal restaure lautorité et le pouvoir de cette fonction devenue insignifiante et représente alors une menace pour les oligarques qui laccusent davoir trahi son pays en ne prenant pas Rome lorsquil en avait loccasion.
Cest alors quil prend une mesure qui lui aliène définitivement loligarchie. Hannibal décide en effet que lindemnité de guerre annuelle que Carthage doit à Rome soit directement versée au trésor plutôt que dêtre collectée par les oligarques au travers de taxes extraordinaires. Ceux-ci ne prennent pas le risque dintervenir directement contre le suffète mais, près de sept ans après la victoire de Zama, font directement appel aux Romains qui, alarmés par la prospérité retrouvée de Carthage, exigent la reddition dHannibal. Ce dernier choisit alors volontairement lexil en 195.
Exil en Asie
Il commence par voyager vers Tyr (actuel Liban), la ville mère de Carthage, puis se dirige vers Éphèse où il est reçu avec les honneurs par le roi Antiochos III de Syrie qui se prépare à la guerre contre Rome. Hannibal saperçoit rapidement que larmée royale ne peut rivaliser avec larmée romaine. Il conseille alors au roi déquiper une flotte et un corps de troupes terrestres dans le sud de lItalie et offre den prendre le commandement. Mais il ne peut faire suffisamment impression sur le souverain, à lécoute de ses courtisans, pour quil lui confie quelque poste important que ce soit.
Selon Cicéron, alors quil se trouve à la cour dAntiochos III, Hannibal assiste à une lecture du philosophe Phormion qui traite dun grand nombre de sujets. Au moment où celui-ci conclut une dissertation sur les attributions dun général, on demande son avis à Hannibal qui répond : « Jai vu durant ma vie les pires des vieux fous mais celui-là les bat tous ». Une autre histoire à propos dHannibal en exil donne un point de vue étrange sur sa prétendue perfidie punique : Antiochos III dévoile à Hannibal une formation militaire conséquente et bien armée, il lui demande si elle paraîtrait honorable pour la République romaine, ce à quoi Hannibal répond : « Oui, suffisant pour les Romains, aussi cupides quils puissent être ». À cette occasion, Hannibal ne reçoit pas le commandement de larmée et Antiochos III, qui a lui-même conçu le plan de bataille, finit par être défait.
En 190, Hannibal dirige une flotte phénicienne mais, peu à laise en combat naval, il se trouve battu au large de la rivière Eurymedon par les Romains. Craignant dêtre livré à ces derniers au terme de laccord de paix que signe Antiochos III, Hannibal senfuit de la cour et son parcours est alors assez incertain.
On pense toutefois quil se rend en Crète alors que Plutarque et Strabon laissent entendre quil se dirige en Arménie, auprès du roi Artaxias Ier, qui lui attribue la planification et la supervision de la construction de la capitale Artaxata (actuelle Artashat). Bientôt de retour en Asie mineure, Hannibal cherche refuge chez Prusias Ier de Bithynie qui est en guerre avec un allié de Rome, le roi Eumène II de Pergame.
« Souverain » hellénistique
Hannibal se met alors au service de Prusias Ier pendant cette guerre. Lune de ses victoires se fait aux dépens de Eumène II sur mer. On dit que ce serait lun des premiers exemples de guerre biologique : il aurait jeté des chaudrons remplis de serpents dans les vaisseaux ennemis.
Outre ses talents militaires, il fonde probablement la cité de Prusa (actuelle Bursa en Turquie) à la demande du roi Prusias Ier. Cette fondation, surtout si lon y ajoute celle dArtaxata (actuelle Artashat en Arménie), élève Hannibal au rang de « souverain » hellénistique. Une prophétie qui se répand dans le monde grec entre 185 et 180 évoque un roi venu dAsie pour faire payer aux Romains la soumission quils imposent aux Grecs et aux Macédoniens. Beaucoup saccordent à penser que ce texte fait référence en fait à Hannibal. Cest en ce sens que le Carthaginois, pourtant dorigine barbare aux yeux des Grecs, sintègre parfaitement au monde hellénistique. Les Romains ne peuvent négliger cette menace et une ambassade est envoyée auprès de Prusias.
Pour ce dernier, Hannibal devient gênant et le roi trahit son hôte qui réside à Libyssa sur la côte orientale de la mer de Marmara. Menacé dêtre livré à Titus Quinctius Flamininus, lambassadeur romain, Hannibal choisit de se donner la mort durant lhiver 183 en avalant du poison que, dit-on, il porte depuis longtemps dans une bague. Lannée exacte de sa mort reste toutefois imprécise[4]. Si, comme Tite-Live le suggère, elle a lieu en 183, la même année que celle de Scipion lAfricain, Hannibal serait alors âgé de 63 ans.
Inhumation
Son corps reposerait dans un cercueil en pierre sur lequel serait visible linscription : Ici est renfermé Annibal.
Parmi les sites évoqués pour situer la tombe dHannibal figure une petite colline coiffée de quelques cyprès et située aujourdhui dans une zone industrielle près de la ville turque de Libyssa (actuelle Gebze) en Kocaeli. Considérée comme la tombe du général, elle est restaurée vers 200 après J.-C. par lempereur romain Septime Sévère, originaire de Leptis Magna (actuelle Libye), qui prend linitiative de recouvrir la tombe dune plaque de marbre blanc. Le site est aujourdhui à létat de ruines. Des excavations sont effectuées en 1906 par des archéologues, dont Theodor Wiegand, mais ces derniers se montrent sceptiques quant à la réalité de la localisation du site.
Héritage
Bilan paradoxal Avec le Carthaginois disparaît sans aucun doute la plus grande menace que la République romaine ait affronté. Pourtant, son bilan personnel est un échec. La Méditerranée occidentale devient un « lac romain » et Carthage est en sursis. Rome étend par ailleurs son emprise sur le monde grec et sur lAsie.
Mais en même temps, et cest le paradoxe de son bilan, en tentant de détourner par son discours sur la liberté des cités les cités grecques de lalliance avec Rome, il force cette dernière à légitimer ses actions et à se comporter en grande puissance impérialiste. Cest en cela quHannibal est au cur de lhistoire romaine et grecque.
Monde antique
Longtemps après sa mort, le nom dHannibal continue de perpétuer symboliquement le spectre dune menace sur la République romaine. On écrit quil décrit les Romains, qui se proclament les fiers descendants de Mars, comme des représentants de leffroi. Pendant des générations, les matrones romaines continuent à raconter à leurs enfants des contes effrayants quand ils se comportent mal. Hannibal symbolise tellement lhorreur que, quel que soit le désastre qui survient, les sénateurs romains hurlent Hannibal ad portas (Hannibal est à nos portes !) afin dexprimer leur anxiété. Cette locution latine célèbre évolue plus tard en une expression qui est encore couramment utilisée quand un client franchit une porte ou quand quelquun doit faire face à une calamité. De telles expressions prouvent limpact psychologique qu'à eu la présence dHannibal en Italie sur la culture romaine.
Statue dHannibal au chateau de Schonbrunn à Vienne.
Dans ce contexte, une admiration (forcée) est évidente dans les écrits des historiens romains Tite-Live et Juvénal. Dautre part, les Romains vont jusquà ériger des statues du général carthaginois dans les rues même de Rome afin de figurer leur défaite en face dun tel adversaire. Il est plausible de penser quHannibal est à lorigine de la plus grande peur que Rome ait jamais éprouvée face à lun de ses ennemis.
Néanmoins, durant la Deuxième Guerre punique, les Romains se refusent à la défaite et rejettent toutes les initiatives de paix, y compris la libération contre rançon de prisonniers après la bataille de Cannes. Par ailleurs, il nexiste aucun texte relatant une quelconque révolution parmi les citoyens romains, aucune faction au sein du Sénat souhaitant la paix, aucune trahison romaine à lavantage des Carthaginois, aucun coup dÉtat et aucune instauration de dictature pendant cette période. Au contraire, les aristocrates romains restent en compétition afin dassumer des postes de commandement pour combattre le plus dangereux ennemi de Rome. Le génie militaire dHannibal nest donc jamais suffisant pour perturber réellement lorganisation politique et militaire des Romains. Comme en fait état Lazenby :
« Il existe également quantité de textes en faveur de leur maturité politique et du respect des formes constitutionnelles basés sur le fait que la machinerie gouvernementale complexe continua à fonctionner même en plein désastre. Il y a peu dÉtats de lAntiquité dans lesquels un général ayant perdu une bataille comme Cannes aurait osé se maintenir, encore moins aurait continué à être traité avec respect en temps que chef dÉtat[95]. »
Selon Tite-Live, cela n'en diminue pas la peur des Romains face à Hannibal, notamment à loccasion de sa marche sur Rome en 211 :
« Un courrier de Fregellae, qui avait marché sans relâche jour et nuit, jeta dans Rome une grande terreur. Laffluence des habitants de la campagne, dont les récits ajoutaient le mensonge à la vérité, avait répandu lagitation dans toute la ville. Cétait peu dire que les femmes firent retentir de leurs gémissements les maisons particulières ; les dames de distinction, bravant tous les regards, couraient en foule vers les temples des dieux ; les cheveux épars, agenouillées au pied des autels, les mains tendues vers le ciel et vers les dieux, elles les supplaient d'arracher Rome aux mains des ennemis, et de sauver lhonneur et la vie des mères romaines et de leurs jeunes enfants. »
Au Sénat, cette nouvelle « affecte les esprits en fonction des caractères de chacun ». Il décide de maintenir le siège de Capoue tout en levant 15 000 fantassins et 1 000 cavaliers pour renforcer la protection de Rome. Selon Tite-Live, les terres occupées par larmée dHannibal à lextérieur de la ville sont revendues entre romains alors même quelles sont occupées et pour un prix juste. Cela peut ne pas être vrai mais, comme lindique Lazenby, « cela pourrait bien lêtre car cela ne montre pas seulement la confiance suprême des Romains dans la victoire ultime mais aussi la façon selon laquelle un semblant de vie normale se poursuivait ». Après la bataille de Cannes, les Romains montrent une considérable fermeté dans ladversité. Une indéniable preuve de la confiance de Rome est démontrée par le fait que, après le désastre de Cannes, la cité est laissée virtuellement sans défenses alors que le Sénat choisit de ne pas retirer une seule garnison des provinces pour renforcer la ville. En fait, les troupes des provinces sont renforcées et les campagnes maintenues jusquà ce que la victoire soit assurée dabord en Sicile, sous la direction de Marcus Claudius Marcellus, puis en Hispanie sous la direction de Scipion l'Africain. Malgré le fait que les conséquences à long terme de la guerre dHannibal sont incontestables, cette dernière est indéniablement la plus « belle heure » de lhistoire de Rome.
La majorité des sources à la disposition des historiens sur Hannibal sont dorigine romaine. Hannibal y est considéré comme le plus grand ennemi que Rome ait affronté. Tite-Live nous rapporte lopinion quil est extrêmement cruel. Même Cicéron, lorsquil évoque Rome et ses deux grands ennemis, parle de l« honorable » Pyrrhus dÉpire et du « cruel » Hannibal. Néanmoins, une image différente est parfois rapportée. Lorsque les succès dHannibal entraînent la mort de deux consuls romains, Hannibal cherche vainement le corps de Caius Flaminius Nepos sur les bords du lac Trasimène, organise des cérémonies rituelles en hommage à Lucius Aemilius Paullus et rend les cendres de Marcus Claudius Marcellus à sa famille vivant à Rome. Toutefois, le parti pris de Polybe est plus gênant puisquil semble éprouver de la sympathie envers Hannibal. Pourtant, Polybe est resté otage en Italie durant une longue période et se base majoritairement sur des sources romaines. Il existe donc une possibilité quil reproduise là des éléments de la propagande romaine.
Monde moderne
Le nom « Hannibal » est commun dans le monde moderne et la culture populaire. Comme pour dautres chefs militaires, les victoires dHannibal sur des forces supérieures, et une cause finalement perdue, lui confèrent une renommée qui lui survit bien au-delà des frontières de son pays dorigine en Afrique du Nord.
Sa traversée des Alpes demeure ainsi un fait militaire parmi les plus spectaculaires des guerres de lAntiquité et mobilise depuis limagination du monde de façon romancée au travers de multiples productions artistiques.
Histoire militaire
Plusieurs années après la Deuxième Guerre punique, alors quHannibal est conseiller politique du royaume séleucide, Scipion lAfricain est envoyé en mission diplomatique par Rome à Éphèse même si lon ignore la date exacte de leur entrevue qui est mentionnée par Plutarque et Appien :
« On dit que lors de lun de leurs entretiens au gymnase, Scipion et Hannibal eurent une discussion sur la question de la compétence des généraux, en présence de nombreux spectateurs, et que Scipion demanda à Hannibal quel était selon lui le plus grand général, ce à quoi ce dernier répondit : « Alexandre le Grand ». Scipion lapprouva, mettant également Alexandre en première position. Puis, il demanda à Hannibal qui il placerait ensuite. Hannibal répondit Pyrrhus Ier car il considérait la hardiesse comme la première qualité dun général. Il précisa qu« il serait impossible de trouver deux rois plus entreprenants que ceux-ci ». Scipion en fut agacé mais il continua à questionner Hannibal sur celui quil verrait en troisième position, en espérant quil serait au moins celui-là. Mais Hannibal répondit : « Moi-même, du fait que dans ma jeunesse jai conquis lHispanie et traversé les Alpes avec une armée pour la première fois depuis Hercule. Jai traversé lItalie et vous ai tous frappé de terreur, vous obligeant à abandonner 400 de vos villes, et jai souvent menacé votre Cité dun péril extrême, tout ceci sans jamais recevoir dargent ni de renforts de Carthage ». Quand Scipion sentit quil allait prolonger ces louanges, il dit en riant : « Où te placerais-tu Hannibal, si tu navais pas été vaincu par moi ? » Hannibal, percevant alors sa jalousie, répondit : « Dans ce cas, je me serais mis en première position ». Hannibal continua ensuite ses propres louanges, tout en prenant soin de flatter Scipion de délicate manière en suggérant quil avait battu quelquun de supérieur à Alexandre. À la fin de cette conversation Hannibal demanda à Scipion dêtre son invité, ce que Scipion accepta très volontiers sous réserve quHannibal ne vive pas chez Antiochos III, suspect aux yeux des Romains. Ils montrèrent ainsi, à la manière digne des grands commandants, quils avaient renoncé à leur hostilité à la fin de leurs guerres. »
Les exploits dHannibal, et plus particulièrement sa victoire à Cannes, continuent à être étudiés dans les académies militaires du monde entier. Dans lEncyclopædia Britannica de 1911, lauteur de larticle consacré à Hannibal loue ce dernier en ces termes :
« Quant au génie militaire dHannibal, il ne peut y avoir deux avis. Lhomme qui put se maintenir pendant quinze ans en terrain hostile faisant face à plusieurs armées puissantes et une succession de généraux capables doit avoir été un tacticien hors pair. Dans ses stratégies et lutilisation de lembuscade, il surpassa sans aucun doute tous les autres grands généraux de lAntiquité. Aussi splendides que furent ses réalisations, nous devons encore plus nous en émerveiller en constatant la mauvaise grâce avec laquelle Carthage le soutint. Pour répondre à la disparition de ses vétérans, il dut lever des troupes fraîches sur place. Jamais, on nentendit parler de mutinerie dans son armée, bien quelle fut composées de Nord-Africains, dIbères et de Gaulois. Encore une fois, ce que nous savons sur lui est pour la plus grande part issu de sources hostiles. Les Romains lont tellement craint et détesté quils n'auraient pas pu lui rendre justice. Tite-Live parle de ses grandes qualités mais il ajoute que ses vices étaient également grands, parmi lesquels il pointe une perfidie « plus grande que la perfidie punique » et une « cruauté inhumaine ». Concernant le premier point, il ny a aucune autre justification que son habilité dans lutilisation de lembuscade. Pour le second, il ny a, de notre point de vue, aucune base autre que le fait quil ait agit, lors de certaines crises, conformément à lesprit général des guerres antiques. Par moment, il donne par contraste un portrait plus favorable de son ennemi. Aucune brutalité ne souille son nom comme ce fut le cas de celles perpétuées par Caius Claudius Nero envers Hasdrubal vaincu. Polybe relève seulement quil fut accusé de cruauté par les Romains et davarice par les Carthaginois. Il eut incontestablement des ennemis amers et sa vie fut une lutte continuelle contre le sort. Pour limmuabilité des objectifs, la capacité dorganisation et la maîtrise de la science militaire, il na peut-être jamais eu dégal. »
Même ses chroniqueurs romains admettent une maîtrise militaire suprême écrivant que ce dernier « navait jamais exigé des autres ce quil naurait pas fait lui-même ». Selon Polybe, « comme un sage gouverneur, il a su tellement soumettre et contenir ses gens dans le devoir, que jamais ils ne se révoltèrent contre lui, et que jamais il ne séleva au milieu deux aucune sédition. Quoique son armée ne fût composée que de soldats de divers pays, Africains, Espagnols, Ligures, Gaulois, Carthaginois, Italiens, Grecs, qui navaient de commun entre eux ni lois, ni coutumes, ni langage, il réussit par son habileté à réunir toutes ces différentes nations, à les soumettre au commandement dun seul chef, et à les faire entrer dans les mêmes vues que lui ».
Le document du comte Alfred von Schlieffen (intitulé de façon éponyme le plan Schlieffen), est élaboré à partir de ses études militaires et insiste lourdement sur les techniques denveloppement employées pour encercler et détruire victorieusement larmée romaine à la bataille de Cannes. George Patton pense quant à lui quil est la réincarnation dHannibal (parmi dautres réincarnations comme celle dun légionnaire romain et dun soldat de Napoléon Ier). Norman Schwarzkopf, le commandant des forces de la coalition durant la première guerre du Golfe, affirme pour sa part que « la technologie de la guerre peut changer, la sophistication des armes change à coup sûr. Mais les mêmes principes de la guerre qui sappliquaient du temps dHannibal, continuent à sappliquer aujourdhui ».
Enfin, selon lhistorien militaire Theodore Ayrault Dodge :
« Hannibal excellait en tant que tacticien militaire. Dans lhistoire, aucune bataille noffre un exemple plus fin de tactique que la bataille de Cannes. »