La musique tunisienne est le résultat dun métissage culturel fortement influencé par lÉgypte. Selon Mohammed Abdel Wahab, « la musique tunisienne est parfois définie comme étant lensemble des chants andalous anciens sur lesquels furent greffés des modes et des injections dorigine turque, persane et quelquefois grecque, en plus de lajustement qui sy opère de temps à autre résultant de linfluence de facteurs régionaux ». Il estime que la musique tunisienne a connu trois phases dinfluences extérieures : la première venue dOrient et dont le centre fut La Mecque et Médine, la deuxième venue de lEspagne musulmane et dont le centre fut lAndalousie et la dernière venue de lEmpire ottoman et dont le centre fut Istanbul. Lhéritage de ses trois phases est respectivement la création dune musique traditionnelle, le malouf, lintroduction de la nouba dans la musique tunisienne, et enfin lutilisation de formes turques tels que le samai et le bashraf. Également influencée par la culture occidentale, elle est donc relativement diversifiée. Khemaïs Tarnane
Son courant musical classique le plus réputé est le malouf. Issu de lépoque du règne des Aghlabides, il est un type particulier de la musique arabo-andalouse. Toutefois, les chants traditionnels comme le mezoued continuent de rencontrer un certain succès. Côté instruments, les régions urbaines et rurales divergent quelque peu. En milieu urbain, ce sont les instruments à cordes (rebec, oud et qanûn) et les percussions (darbouka) qui dominent alors quen milieu rural, le chant bédouin, en plus des percussions, est accompagné dinstruments à vent comme le mezoued, la gasba et la zurna.
Au début du XXe siècle, lactivité musicale est dominée par le répertoire liturgique lié aux différentes confréries religieuses et le répertoire profane constitué de pièces instrumentales et de chants dans des formes et styles dorigines essentiellement andalouses empruntes des caractéristiques du langage musical local. À côté de ces deux genres majeurs, les chansons populaires citadines ou rurales, différentes les unes des autres par le langage et les instruments utilisés, occupent une place importante. Au cours des années 1930, la chanson judéo-tunisienne connaît un certain essor grâce à des artistes issus de la communauté juive. La fondation en 1934 de lassociation musicale de La Rachidia sinscrit dans le renouveau culturel et social mené par lélite de lépoque qui devient consciente des risques de déperdition du patrimoine musical considéré comme lun des fondements de lidentité nationale en construction. Linstitution ne tarde pas à rassembler une élite de musiciens et de poètes érudits. La création de Radio Tunis en 1938 permet aux musiciens de mieux diffuser leurs uvres.
Dans les années 1960 et 1970, on assiste à lémergence de compositeurs et dinterprètes travaillant pour la plupart au sein de lorchestre de la radio-télévision tunisienne. Dans cette vague, la variété occupe une place de choix. En même temps, la chanson empruntant des mélodies et rythmes populaires connaît une ascension importante. À partir des années 1980, la scène musicale voit émerger une génération de musiciens, compositeurs et interprètes de formation musicale arabe et occidentale qui considèrent que la musique tunisienne a besoin de nouvelles techniques décriture. Lémergence de nouvelles tendances de métissage et de musiques improvisées depuis la fin des années 1990 fait évoluer le paysage musical tunisien. Un courant underground et engagé sest également développé mais reste encore marginal auprès du grand public.
Parmi les grands artistes tunisiens contemporains, on peut citer Hedi Habbouba, Saber Rebaï, Dhafer Youssef, Belgacem Bouguenna, Sonia M'Barek ou encore Latifa Arfaoui. Chez les musiciens, on peut également citer Salah El Mahdi, Anouar Brahem, Zied Gharsa ou encore Lotfi Bouchnak. Dans le même temps, une majorité de la population est attirée par des musiques dorigine arabe (égyptienne, libanaise ou encore syrienne). La musique occidentale actuelle remporte également un succès important avec lémergence de nombreux groupes et de festivals de rock, de hip-hop, de reggae et de jazz.