Djerba, parfois orthographiée Jerba (جربة),
est une île de 514 km² (25 kilomètres sur 20) située dans le golfe de
Gabès (appelé aussi « petite Syrte ») au sud-est de la Tunisie. Il
s'agit de la plus grande île des côtes d'Afrique du Nord. Sa principale
ville, Houmt Souk, compte à elle seule 44 555 habitants.
Ulysse
l'aurait traversée, les Carthaginois lui donnèrent le nom de Meninx et
la transformèrent en haut lieu d'échanges du bassin méditerranéen. Plus
tard, l'île accueille des réfugiés juifs après la destruction du Temple
de Jérusalem. Au milieu du IIIe siècle, une basilique y est construite
dans ce qui est alors l'évêché de Girba. Chrétienne, vandale, byzantine
puis arabe, Djerba est depuis les années 1960 une destination
touristique populaire pour les touristes européens. Il s'agit de l'une
des dernières régions de Tunisie où une langue berbère, le chelha, est
encore parlée.
Elle
est reliée au continent par un bac, assurant la traversée entre Ajim et
Jorf, et par une voie de sept kilomètres remontant à l'époque romaine
et reliant l'extrémité sud-est de l'île à la péninsule de Zarzis.
- Géographie - Site
L'île,
qui est rattachée au gouvernorat de Médenine, est très proche du
continent par deux avancées de part et d'autre de Jorf et Ajim à
l'ouest et de Zarzis et El Kantara à l'est. Par ailleurs, l'extension
de la plage de Mezraya (Sidi Mahrez) forme une presqu'île, Ras R'mal,
qui est l'un des sites touristiques importants de l'île. Du côté de
Zarzis, l'île est reliée au continent par un pont de 7,5 kilomètres qui
remonte à l'époque romaine et qui a été goudronné sous le protectorat
français.
La
superficie de l'île est voisine de 514 km² : sa plus grande longueur
est de 29,5 kilomètres et sa plus grande largeur de 29 kilomètres. Ses
côtes, qui s'étendent sur 125 kilomètres, présentent un tracé très
irrégulier avec les péninsules d'Ajim, de Ras Terbella et de Borj El
Kastil qui marquent les points les plus rapprochés du continent dont
l'île est séparée par le canal d'Ajim, large de deux kilomètres, et
celui d'El Kantara qui est large de six kilomètres. Le canal d'Ajim
accueille deux îlots qu'on appelle Elgataia Kebira et Elgataia Sghira.
Jadis
rattachée au continent, Djerba s'apparente beaucoup par la régularité
de sa topographie et de sa structure géologique au relief tabulaire qui
marque le littoral méridional de la Tunisie. La topographie en escalier
alterne des secteurs élevés et d'autres en dépression dont la surface
est modelée par une morphologie dunaire. Le littoral est caractérisé
pour sa part par des côtes basses, les plages s'étendant principalement
entre Ras R'mal et Borj El Kastil. L'altitude moyenne est de 20 mètres
et c'est dans la partie méridionale de l'île que se trouve le point
culminant situé à Dhahret Guellala (53 mètres). À ce niveau, l'île est
traversée par un accident topographique majeur (15 mètres de
dénivellation sur 15 kilomètres de long).
Djerba
est entourée de hauts fonds la bathymétrie à proximité de l'île est
presque toujours inférieure à -10 m et l'isobathe de -5 m n'apparaît au
large de la côte méridionale et septentrionale qu'au-delà d'une dizaine
de kilomètres de la côte toutefois perturbés au large de la côte
méridionale par l'existence d'un certain nombre d'oueds (courants
marins) qui sillonnent les canaux d'Ajim et d'El Kantara, les
profondeurs dépassant à certains endroits les 20 mètres.
- Climat -
Le
climat de Djerba est de type méditerranéen mais à tendance semi-aride
car il se trouve au carrefour des masses d'air méditerranéennes et
sahariennes. Ainsi, la température annuelle moyenne est de 19,8 °C, les
moyennes mensuelles ne dépassant guère 30 °C ni ne descendant
au-dessous de 8 °C. En été, la moyenne maximale atteint 32,7 °C mais se
trouve atténuée par la brise marine alors qu'en hiver, les moyennes
mensuelles sont supérieures à 12 °C. On parle ainsi de « cinquième
saison » à Djerba et Gustave Flaubert écrit dans son roman Salammbô : «
L'air est si doux qu'il empêche de mourir. »
Au
niveau des précipitations, Djerba est la région la plus arrosée (248,8
millimètres) de toutes les régions au sud de Sfax, la moyenne des jours
pluvieux se montant à 40 par an[3]. Plus de 60 % des précipitations se
concentrent entre les mois de septembre et décembre avec un maximum en
octobre (28% du total annuel)[3]. Néanmoins, l'essentiel de la moyenne
annuelle peut se répartir sur trois à quatre averses seulement[3]. La
saison sèche débute en avril et l'été voit rarement la pluie tomber.
Suivant
les saisons, Djerba connaît des vents dominants de directions
différentes. De novembre à mars, ce sont les vents d'ouest qui dominent
avant d'être remplacés de mars à la mi-juin par le sirocco, vent chaud
s'accompagnant souvent de tourbillons de poussière. Avec l'arrivée de
l'été dominent les vents d'est porteurs de fraîcheur.
Ces
conditions permettent la culture de nombreux oliviers, dont les
familles d'agriculteurs récoltent les fruits en automne, de grenadiers,
de palmiers-dattiers R'tab, Lemci et Matata sont des variétés
appréciées par les Djerbiens , de figuiers, de pommiers, d'amandiers
et de figuiers de Barbarie aux fruits épineux mais très appréciés qui
bordent les routes (souvent plantés sur les haies, appelées tabias, à
titre de protection) et les champs.
- Structure de l'espace -
Les
Djerbiens, ayant eu à subir des attaques répétées venant de la mer, se
sont éloignés de la côte et dispersés dans la campagne : le bâti est
donc isolé et dispersé et se structure selon une organisation
hiérarchique de l'espace basé sur le menzel terme signifiant « maison
» en arabe littéral et décrivant les espaces résidentiels et
fonctionnels dans lesquels vivent les familles qui en constitue la
cellule de base et la mosquée qui en est l'élément fédérateur. Il est
formé d'une ou de plusieurs unités d'habitation (houch) et de vergers,
champs ou atelier de tissage, greniers, puits et citerne. Entouré de
haies (tabia), il est organisé selon un principe défensif. Toutefois,
le développement du tourisme international dans l'île dès les années
1960 a engendré une modification dans l'organisation traditionnelle de
l'espace insulaire. Ce phénomène semble avoir anéanti l'espace central
de l'île au profit d'une partie des côtes. Le centre reste marginalisé
économiquement et à l'écart des principales voies de communication même
si plusieurs routes ont été goudronnées au cours des années 1990 et si
le phénomène n'est pas propre à Djerba. Cependant, cette partie
centrale tend à être partiellement revalorisée par les habitants qui y
construisent des résidences principales de type pavillonnaire[2].
- Histoire -
Antiquité
Djerba
est connue depuis l'Antiquité : la légende veut qu'elle soit l'île des
Lotophages décrite dans L'Odyssée d'Homère, ce qui l'amène à être
souvent appelée Lotophagitis grec ancienΛωτοφαγῖτις ou Λωτοφάγων νῆσος). L'île est ensuite connue sous le nom de MeninxΜῆνιγξ) jusqu'au III eme siècle .
Les
Romains l'occupent temporairement lors de l'expédition du consul Caius
Sempronius Blaesus en 253 av. J.-C.. On sait que l'île compte alors
deux villes : Meninx et Thoar. L'île abrite par la suite trois centres
urbains principaux. L'un d'entre eux, dont le nom moderne est Henchir
Bourgou, a été découvert à proximité de Midoun (centre de l'île). On y
trouve les vestiges d'une grande ville datant du IVe siècle av. J.-C.
signalés par de hauts monticules appelés « Roches de Bourgou » et
la présence importante de poteries ainsi que par une imposante tombe
appartenant probablement à un membre d'une famille royale numide. Un
autre centre, sur la côte sud-est, était un important site de
production de colorants à base de murex. Il est cité par Pline l'Ancien
comme occupant le second rang dans ce domaine derrière la cité de Tyr.
Par ailleurs, de substantielles quantités de marbre coloré découverts
sur place témoignent de sa richesse. Au IIIe siècle, ce centre semble
avoir été appelée Girba, nom d'où serait venu le nom de l'île. Un
troisième centre important, probablement l'ancienne Haribus, se
trouvait sur la côte méridionale à proximité du village de Guellala.
Les
empereurs romains Trébonien Galle et son fils Volusien sont natifs de
l'île et deux de ses évêques ont laissés leurs noms dans l'histoire :
Monnulus et Vincent qui assistent aux conciles de Carthage en 255 et
525[6]. Les ruines de leur cathédrale peuvent être identifiées dans le
sud-ouest de l'île.
En
665, Djerba tombe aux mains des Arabes dirigés par Ruwayfa ibn Thâbit
pendant la campagne de Byzacène commandée par Muawiya Ben Hudaydj.
L'île adopte alors les croyances kharidjites. Au XIe siècle, l'île
devient indépendante, suite à l'invasion de l'Ifriqiya par les
Hilaliens, et se convertit à la piraterie. Elle est reprise par Ali Ben
Yahya en 1115-1116 (année 509 de l'hégire).
Moyen Âge
Période catalane
Durant
le Moyen Âge, les chrétiens de Sicile et d'Aragon disputent leur
possession aux ibadites locaux. De cette période subsistent de
nombreuses petites mosquées (dont des mosquées souterraines), dont les
premières datent du XIIe siècle, ainsi que deux forts imposants. L'île
est contrôlée à deux reprises par les Normands menés par le roi Roger
II de Sicile (1135-1158 et 1284-1333), périodes interrompues par une
invasion almohade en 1160. En 1154, les habitants se rebellent mais les
Normands écrasent la révolte dans le sang. Durant la seconde période,
l'île devient un domaine féodal dirigés par une succession de seigneurs
: Roger Ier (1284-1305), Roger II (1305-1310), Charles (1310) et
Francis-Roger III (1310). Des gouverneurs royaux sont également nommés
tels que Simon de Montolieu (vers 1305-1308) et Ramon Muntaner
(1308-1315). En 1286, les Catalans prennent les Kerkennah qui
deviennent une seigneurie pour la famille de Roger de Lauria. Ce
dernier fait construire à Djerba une forteresse en 1289, près de
l'antique Meninx, qui est appelée Castelló et plus tard Borj Kastil.
Les
tentatives de révolte de la part des habitants de l'île et des
Tunisiens forcent le roi Frédéric II de Sicile à incorporer Djerba à la
Sicile en 1309 et à nommer Muntaner comme dirigeant de l'île. En 1311,
il y aura une famine durant plusieurs mois et l'île se révolte avec
l'aide des Tunisiens du continent dont les Hafsides menés par Abû Yahyâ
Abû Bakr al-Mutawakkil.
Les
Catalans abandonnent l'île pendant leur guerre contre les Castillans
(1334-1335). Ils la reprennent en 1383 avec l'aide d'une flotte gênoise
mais ne la conservent que jusqu'à la fin de l'année 1392. De nouvelles
attaques des Siciliens en 1424 et 1432 sont repoussées avec l'aide du
souverain hafside Abû Fâris `Abd al-`Azîz al-Mutawakkil. Les musulmans
construisent une forteresse dans le nord de l'île, à côté des ruines de
l'antique Girba, qu'ils appellent Borj El Kébir. La ville de Houmt Souk
grandira aux alentours.
Période hafside
En
1480, les habitants de l'île se révoltent contre le souverain hafside
Abû `Umar `Uthmân et prennent le contrôle de la chaussée romaine qui
relie l'île au continent. Les luttes internes entre Wahbiya et Nakkara,
deux factions des ibadites, qui dominent dans le nord-ouest et le
sud-est de Djerba, n'arrêtent cependant pas le progrès économique de
l'île. Les habitants paient alors un tribut au souverain mais restent
indépendants.
Périodes ottomane et espagnole Article détaillé : Bataille de Djerba.
Vers
1500, l'île passe sous occupation ottomane. En 1511, elle est attaquée
par les troupes du royaume d'Espagne, placées sous le commandement de
Pedro Navarro, pour y établir une forteresse qui assurera les conquêtes
d'Oran, Bougie, Alger et Tripoli. En 1513, elle est pillée par les
Gênois.
Djerba
est occupée par l'Espagne de 1521 à 1524 et de 1551 à 1560. Elle
devient ensuite la base temporaire du corsaire et amiral ottoman Khayr
ad-Din Barberousse. De 1524 à 1551, l'île est l'une des principales
bases des corsaires ottomans et nord-africains conduits par Dragut.
C'est dans ce contexte de rivalité entre Ottomans et Européens pour le
contrôle de la Méditerranée qu'une bataille navale oppose au large de
l'île, du 9 au 14 mai 1560, la flotte ottomane menée par Piyale Pacha
et Dragut à une flotte européenne principalement composée de navires
espagnols, napolitains, siciliens et maltais.
En
1568, le pacha de Tripoli s'y présente pour demander un grand tribut et
l'île est prise par Ibrahim en 1598. Pendant le XVIe siècle et le début
du XVIIe siècle, l'île dépend alternativement des gouverneurs d'Alger,
de Tripoli ou de Tunis jusqu'à ce que Hammouda Pacha (gouverneur de
1631 à 1659) l'incorpore définitivement au royaume de Tunis. En 1705,
avec l'établissement de la dynastie des Husseinites, le bey de Tunis
est dorénavant représenté sur l'île par un cheikh et des caïds recrutés
parmi les plus importantes familles locales. La plus importante d'entre
elles est la famille Senumeni, au XVIe siècle, puis celle des Bel
Djelloud. L'un des membres de cette famille, Saïd, fera utiliser tous
les navires de l'île pour empêcher que Younès, fils d'Ali I Bey, puisse
se rendre sur l'île, ce qui lui coûtera la vie. De la seconde moitié du
XVIIe siècle aux XVIIIe et XIXe siècles, la famille dominante est celle
des Ben Ayed.
À
partir du XVIIIe siècle, le malékisme se répand sur l'île aux côtés de
l'ibadisme et la langue berbère perd peu à peu de son importance face à
l'arabe. Au XVIIIe siècle, on assiste à des incursions de la part des
nomades Urghamma et Akkara provenant de la région du Djefarra. En 1705
et 1706, la peste fait ravage sur l'île et revient en 1809. En 1794,
l'île est pillée par un aventurier nommé Ali Burghul durant 58 jours
et, en 1864, elle est à nouveau attaquée par des nomades de la région
de Zarzis. Cette même année, une nouvelle épidémie de peste et une
révolte sont relevées. En 1846, Ahmed I Bey interdit l'esclavage, acte
qui affecte l'économie de l'île qui est alors l'un des plus importants
centres du commerce des esclaves en Tunisie, avec Gabès, où parviennent
les caravanes d'esclaves venant des oasis de Ghadamès et Ghat. Le
commerce se déplacera par la suite vers Tripoli.
- Période moderne -
L'île
reste sous la domination ottomane jusqu'en 1881, date à laquelle la
Tunisie passe sous protectorat français avant d'accéder à
l'indépendance en 1956.
En
mars 1976, certaines rues d'Ajim sont transformées afin de servir de
décor, les 2 et 3 avril, au tournage de La Guerre des étoiles. Des rues
de Mos Eisley sont ainsi représentées. À 14 kilomètres au nord, le
marabout de Sidi Jemour sert également de décor à Mos Eisley et
Anchorhead.
Le
11 avril 2002, un attentat est commis contre la synagogue de la Ghriba.
Un camion bourré d'explosifs saute à proximité de cette dernière : 21
personnes sont tuées, dont 14 Allemands, 5 Tunisiens et 2 Français, et
d'autres blessées. Le gouvernement tunisien parle alors d'un accident
mais les experts suggérèrent rapidement un attentat qui est revendiqué
par la suite par Al-Qaida. Article détaillé : Attentat de la Ghriba.
En
2004, Djerba compte 139 517 habitants répartis sur trois délégations
qui correspondent à trois villes aux fonctions très différentes :
* Houmt Souk, cité considérée comme la « capitale » de l'île et peuplée de 44 555 habitants * Midoun, centre le plus proche des activités touristiques * Ajim, ville plus en retrait par rapport à la dynamique insulaire
Ces délégations correspondent aux trois municipalités de Djerba Houmt Souk, Djerba Midoun et Djerba Ajim.
Ses
habitants sont principalement des arabophones même s'il s'y trouve une
grande communauté berbérophone (Kutamas, Nefzas, Hawwaras, etc.). La
plus grande partie de l'île est ainsi occupée par des villages
d'origine berbère comme Mezraya, Ghizen, Tezdaine, Wersighen,
Sedouikech, Ajim et Guellala. Il existe par ailleurs une petite et très
ancienne communauté juive qui descenderait des exilés de Jérusalem.
La
population nombreuse et l'insuffisance des ressources locales, à
l'origine de crises liées le plus souvent à de mauvaises récoltes, ont
contribué à la mise en place d'un processus migratoire temporaire mais
devenu petit à petit structurel et définitif. La grande majorité des
Djerbiens qui quittent leur île travaillent dans le commerce en raison
de la position stratégique de leur lieu d'origine. Même si la grande
majorité d'entre eux restent dans un premier temps en Tunisie, où ils
détiennent une position dominante dans le commerce alimentaire et de
détail, les réformes du ministre Ahmed Ben Salah menées dans les années
1960, qui regroupèrent le commerce de détail en coopératives, poussent
les Djerbiens à émigrer majoritairement en Europe et plus
spécifiquement dans l'agglomération parisienne.
Parallèlement,
la migration des Tunisiens du continent (majoritairement originaires
des gouvernorats du sud et du centre ouest du pays) sur l'île s'est
progressivement accrue et ces derniers représentent désormais près de
45 % des habitants et 60 % des actifs[4]. Dans ce contexte, ils
concurrencent progressivement les Djerbiens sur leur marché de l'emploi.
- Économie -
Djerba
dispose d'une vingtaine de kilomètres de plages sablonneuses situées à
l'extrémité nord-est de l'île. Jusqu'au début des années 1950,
celles-ci ne sont fréquentées que durant la visite que les habitants
rendent aux marabouts. Toutefois, avec l'arrivée du Club Méditerranée
en 1954, le tourisme apparaît avec la construction du premier hôtel en
1961[2]. L'État tunisien est alors l'acteur principal par ses
investissements comme par les avantages fiscaux et financiers consentis
aux établissements touristiques.
Le
tourisme prend véritablement son essor dans les années 1980 et devient
la principale activité économique de l'île : le nombre d'emplois
directs correspond à quelques 15 000 postes de travail souvent
précaires car saisonniers alors que les emplois indirects sont évalués
à quelques 55 000 postes. Les espaces permettent d'avoir de grandes
unités hôtelières dont le taux d'occupation moyen est de 68 % en 1999,
ce taux situant Djerba en seconde position parmi les sites touristiques
tunisiens.
En
2005, la zone touristique s'étend sur plus de 20 kilomètres entre Aghir
au sud et Houmt Souk au nord avec une capacité hôtelière passée de 8
300 lits en 1975 à 39 000 lits disponibles en 2002. Néanmoins, un grand
nombre de lits n'est utilisé que durant l'été et le parc hôtelier
vieillit, entraînant un tassement de la clientèle, notamment en raison
des prix trop bas induits par la concurrence. Pour maintenir et
développer l'activité, les acteurs locaux sont favorables à un
enrichissement de l'offre par la création d'activités nouvelles
(terrain de golf, casino, musée, thalassothérapie ou encore parc
d'attractions).
La
présence de l'aéroport international de Djerba-Zarzis ouvert au trafic
civil en 1970 mais existant déjà sous le protectorat français comme
aéroport militaire et constamment agrandi depuis et d'infrastructures
routières l'île ne possédait qu'une soixantaine de kilomètres
goudronnés avant 1960 contribue à en faire un centre touristique
important et un générateur de croissance économique pour la région.
L'économie
de l'île repose également sur les champs d'oliviers et les huileries
associées. L'artisanat local, comme les poteries du village de
Guellala, se développe en même temps que le tourisme. Les bijoutiers
des souks de Houmt Souk excellent dans l'ornement des bijoux en argent
émaillé et dans la fabrication des bijoux d'or en filigrane[7]. Enfin,
la pêche locale sautades de mulets et pêche à la gargoulette
(amphore) de poulpes profite d'eaux parmi les plus poissonneuses de
la mer Méditerranée.
- Culture -
Religion Article détaillé : Synagogue de la Ghriba. Mosquée de Medrajen à Mezraya : un exemple d'architecture ibadite Mosquée de Medrajen à Mezraya : un exemple d'architecture ibadite
L'île
est un centre de la secte islamique des ibadites. Ainsi, à trois
kilomètres de Sedouikech, en direction d'El Kantara, se trouve l'une
des mosquées souterraines de l'île où les ibadites une fois persécutés
se réfugiaient pour pratiquer leur culte. Comme elle n'est plus
utilisée pour le culte, elle peut être visitée librement. Entourée
d'une oliveraie, on y accède par un escalier très raide et étroit qui
conduit dans la chambre principale. À côté de la mosquée se trouve un
grand réservoir qui alimente un puits également souterrain.
L'île
abrite également une petite communauté juive tunisienne qui y vit
depuis des siècles en bonne entente avec la majorité musulmane malgré
le déclin démographique engendré par l'émigration vers Israël et la
France depuis 1967. La synagogue de la Ghriba, située dans le village
d'Er-Riadh (ex-Hara Sghira situé à 9 kilomètres au sud de Houmt Souk),
est l'une des plus anciennes et des plus célèbres synagogues au monde.
Au
début du XXe siècle, Djerba comptait, parmi une population d'environ 40
000 personnes, plusieurs centaines de catholiques français, italiens,
grecs et maltais. Ces derniers gagnaient leur vie comme artisans et
pêcheurs d'éponges. L'église catholique Saint-Joseph de Djerba, située
en plein centre de Houmt Souk, a été réouverte officiellement et
consacrée le 19 mars 2006. Il existe également une église grecque
orthodoxe à proximité du port de Houmt Souk.
- Sites -
Des
fouilles archéologiques menées sous les auspices de l'Université de
Pennsylvanie, l'Académie américaine à Rome et l'Institut national du
patrimoine entre 1995 et 2000 ont révélé plus de 400 sites
archéologiques incluant de nombreuses villas puniques et romaines.
L'île
est reliée du côté sud au continent par un pont de 7,5 kilomètres de
long et environ 10 mètres de large. Ce dernier remonte à l'Antiquité
romaine, voire à l'époque punique. Le pont est par la suite submergé
par la mer puis coupé vers 1551, lors des conflits entre Dragut et les
Espagnols, avant d'être enfin reconstruit lors de la Seconde Guerre
mondiale. Cette voie permet également d'y acheminer de l'eau, l'île ne
possédant de source d'eau douce qu'à Mahboubine, où l'eau y est pompée
à 80 mètres de profondeur, et Oualegh. En effet, un pipeline parcourt
le pont et assure l'alimentation de l'île en eau sans laquelle le
tourisme serait impensable.
Héritage du Moyen Âge, les côtes de Djerba sont parsemées de forts témoins de son passé mouvementé. Parmi eux on peut citer :
* Borj El Ghazi Mustapha situé sur la plage de Houmt Souk ;
* Borj El Kastil, ruines d'une forteresse bâtie en 1289 par le
conquistador espagnol Roger de Lauria et située à environ 10 kilomètres
d'El Kantara ; * Borj El Agrab, ruines d'une forteresse située près d'El Kantara ; * Borj Jilij situé entre Ajim et Mellita.
Plusieurs
mosquées et Zaouias (Djerba en compte presque 400) avaient été
construites le long des côtes de l'île. Elles étaient utilisées pour
signaler l'arrivée de pirates/corsaires (par un système de fumée) aux
habitants de l'île qui allaient s'abriter contre le danger éventuel.
Certaines mosquées étaient construites comme des petites forteresses
(exemple Jamâa Fadhloun), elles avaient un four, des citernes d'eau,
etc. et permettaient de resister aux attaquants pendant une certaine
période.
Le
musée des arts et traditions populaires de Houmt Souk permet de
découvrir les richesses folkloriques de l'île : costumes de divers
groupes sociaux, bijoux fabriqués par les artisans juifs, exemplaires
du Coran, ustensiles de cuisine, etc. Le musée de Guellala, ouvert en
2001, expose essentiellement le patrimoine djerbien. Avec plus de 4 000
m² d'exposition, il offre une série de pavillons indépendants
développant chacun un thème (fêtes, traditions et coutumes, artisanat,
mythes et légendes, musique traditionnelle, mosaïques ou encore
calligraphie arabe). Il reçoit environ 100 000 visiteurs par an dont 30
% de Tunisiens.
Enfin,
à proximité du phare de Taguermess, se trouve un parc à thèmes
s'étendant sur 12 hectares : Djerba Explore. Il abrite un village
traditionnel djerbien reconstitué, le Lella Hadhria Museum présentant
quant à lui un panorama de l'art tunisien et du monde arabo-islamique,
un circuit du patrimoine djerbien et la plus grande ferme aux
crocodiles du bassin méditerranéen.
Djerba
a des traditions très colorées et très variées dont plusieurs
subsistent encore (exemples cérémonies de mariage qui peuvent durer
jusqu'à sept jours et sept nuits), elles se taduisent dans une
multitude de costumes traditionnels, des bijoux typiques (une fois le
métier de bijoutier n'était exercé que par les habitants juifs de l'île
et l'on trouve des bijoux identiques au Yemen et à Djerba), des
chapeaux typiques à certains villages, une musique typique (la majorité
des musiciens et chanteurs étaient une fois des noirs), une gastronomie
variant d'un village à un autre, des accents variés voir des rites
religieux différents. Jusqu'à il n'y a pas très longtemps, les
différents groupes ethniques et religieux ne se mariaient pas entre eux
bien que les relations entre les différents groupes étaient paisibles
et harmonieuses.
- Personnalités -
* Chérif Alaoui, chanteur * Béchir Ben Yahmed, journaliste * Imed Ben Younes, footballeur * Salah Ben Youssef, homme politique * Riadh Bouazizi, footballeur * Férid Ghazi, écrivain * Menachem Mazouz, procureur général israélien * Sadok Mokaddem, homme politique * Héla Rokbi, animatrice sur Tunis 7