Bizerte (بنزرت) est une ville du nord de la Tunisie située entre la mer Méditerranée et le lac de Bizerte.
Elle
se trouve à 65 kilomètres au nord-ouest de Tunis, la capitale du pays,
et à 15 kilomètres du cap Blanc (la pointe septentrionale de
l'Afrique). La municipalité a une population de 114 371 habitants
(recensement de 2004) mais on peut estimer la population de son
agglomération (comprenant également Menzel Jemil et Menzel
Abderrahmane) à environ 150 000 habitants.
Les
Bizertins sont les descendants d'immigrés arabes et berbères d'Algérie,
fuyant les années de sécheresse de la fin du XIXe siècle, de musulmans
d'Andalousie, de slaves musulmans de l'Empire ottoman, de Siciliens, de
Corses, de Sardes, de Maltais et de Russes blancs[2] (installés à
Bizerte après la Révolution russe de 1917).
- Histoire - Petit
comptoir fondé aux environs de 1100 av. J.-C. par les Phéniciens, la
ville passe sous l'influence de Carthage après la défaite d'Aghatocle
pendant les guerres puniques. Elle est ensuite occupée par les Romains
sous le nom d'Hippo Diaritus ou Zaritus. Sa conquête efface d'un trait
neuf siècles d'histoire punique. Démantelée, la ville voit son
territoire passer sous la coupe d'Utique qui prend le parti de Rome. Il
faudra longtemps pour qu'une nouvelle ville romaine s'érige à la place
du site punique d'Hippo Diarrhytus.
La
ville est ensuite conquise par les armée musulmanes qui lui donnent son
nom actuel. À partir de 1050, le déferlement des tribus hilaliennes
provoque l'effondrement de l'État ziride et le pays éclate en une
multitude de petites principautés indépendantes. Bizerte n'échappe pas
à la tentation séparatiste. La restauration de l'autorité almohade
annonce une nouvelle rupture : quelques 20 ans plus tard, l'Ifriqiya
accède au statut de province autonome et voit émerger la dynastie
hafside.
En
1535, les troupes de Charles Quint prennent la ville, mais les Turcs
les chassent en 1574. Elle connaît alors, grâce à son port, sa première
grande période de prospérité. Base de pirates, le nombre des captifs
chrétiens dépasse les 20 000 au début du XVIIIe siècle. En réaction, la
ville subit le bombardement de la marine du roi de France en 1681. Les
4 et 5 juillet 1770, l'escadre du comte de Broves bombarde à nouveau la
ville et détruit les installations du port. En 1784 et 1785, ce furent
les Vénitiens qui bombardent la ville et le port avec des bombes
incendiaires.
L'abolition
de la piraterie en 1818 aurait pu porter un coup fatal à Bizerte mais
le lac, dans lequel se reproduisent dorades, soles, mulets, loups et
pageots si faciles à piéger quand ils regagnent la mer en empruntant le
chenal qui traverse la ville, compense pendant quelques années ces
pertes de revenus. Les Bizertins deviennent donc pêcheurs et c'est par
centaines de tonnes que le poisson est exporté chaque année vers Tunis,
l'Italie et la France. En 1786, un décret beylical accorde à la France
les droits exclusifs de la pêche du corail. Les contrebandiers suivent
aussitôt et, en 1800, on estime le nombre de corailleurs à 8000.
Génois, Catalans, Vénitiens, Siciliens, Pisans, Corses et Marseillais,
ils fondent nombre d'entrepôts et de commerces dans l'îlot de R'baâ
mais ne mettent qu'une cinquantaine d'année à détruire les massifs de
corail. En 1850, ils ne sont plus que 2000.
La
France obtient la primauté de la ville lors du traité de Berlin en 1878
et entreprend alors la construction d'un grand port militaire sur le
modèle de celui de Toulon du fait du rôle stratégique de la ville sur
le canal de Sicile. Ainsi, un canal est creusé pour relier la mer
Méditerranée au lac de Bizerte où est aménagée une rade. De l'autre
côté du lac est fondée la cité de Ferryville qui est appelée
aujourd'hui Menzel Bourguiba.
Lors
de la Seconde Guerre mondiale, la ville est occupée en novembre 1942
par les Allemands puis, après l'avoir bombardée de nombreuses fois, les
Americains la reprennent le 7 mai 1943.
Malgré
l'indépendance accordée à la Tunisie en 1956, la France conserve la
base de Bizerte jusqu'en 1963, ce qui entraîne de nombreuses tensions
entre la Tunisie d'Habib Bourguiba et la France de Charles de Gaulle
qui atteignent leur paroxysme lors de la crise de Bizerte.
La
ville est aujourd'hui tournée vers le tourisme malgré la forte présence
de l'armée tunisienne (Bizerte est la plus grande base aérienne de
Tunisie).
- Port stratégique -
Projet français
Avant
les travaux menés par les Français, la communication entre le lac et la
mer est établie par deux canaux prenant leur origine dans le vieux port
et se rejoignant avant d'atteindre le lac. Leurs contours donnent un
aspect original à Bizerte qui est surnommée la « Venise africaine »
avec son « pont des Soupirs ». Ces deux canaux envasés et n'ayant
qu'une profondeur de un à deux mètres ne peuvent être facilement
utilisés pour la navigation de grands navires.
Aussi
les nouvelles autorités du protectorat de couper l'isthme de sable qui
sépare le lac de la mer et de créer un nouveau chenal et un nouveau
port à l'est de la ville. Le chenal mesurera 800 à 900 mètres de long,
100 mètres de large et neuf mètres de profondeur afin que le nouveau
port puisse devenir le plus important de Tunisie et le quatrième de
l'Afrique française après Oran, Philippeville et Bône. L'amiral
Théophile Aube, pendant son passage au ministère de la marine, projette
de transformer le vieux port mais ne peut que faire opérer quelques
dragages et c'est en 1890 que commencent les travaux concédés à la
maison Hersent et Couvreux pour mettre en communication le lac avec la
mer et transformer la rade en un abri sûr. Dans ce but, on décide de
construire deux grandes jetées, d'une longueur d'environ un kilomètres
chacune, protégeant une étendue de littoral de 1,8 kilomètres et
formant un avant-port d'une superficie de plus de 100 hectares. Entre
les musoirs des deux jetées, une ouverture de 400 mètres permet
l'entrée simultanée et facile de plusieurs navires. Pour accomplir cet
important travail, la Société du port de Bizerte utilise la carrière
d'Aïn Meriem, située à quatre kilomètres au nord de la ville, qui
fournit les blocs de granit qu'un chemin de fer à voie étroite amène
jusque sur la digue. Les jetées, une fois terminées, protègent l'entrée
du chenal contre les tempêtes et l'envasement.
- Rôle économique -
Favorisé
par sa position stratégique sur l'axe traversant la mer Méditerranée et
le développement des zones industrielles de la région (Menzel
Bourguiba, Menzel Jemil et Utique), le port de Bizerte a vu transité 4
790 313 tonnes de marchandises en 2006 dont la quasi-totalité dans le
cadre du trafic international[3]. Près des deux tiers des marchandises
sont destinées à l'Europe et près des deux tiers sont constituées
d'hydrocarbures[3].
Laccès
au quai de commerce et au bassin de Menzel Bourguiba se fait par un
canal, traversé par le pont mobile, large de 75 mètres et disposant
d'un tirant d'air de 13 mètres. Par ailleurs, avec ses quatre bassins
de radoub sur le lac de Bizerte et leurs installations, le chantier
naval présente des avantages comparatifs par rapport aux chantiers du
nord de la Méditerranée grâce à une main d'uvre qualifiée et à un coût
compétitif[3]. En outre, la proximité du réseau ferroviaire, l'accès à
l'autoroute Tunis-Bizerte ainsi que la voie rapide reliant Menzel
Bourguiba à Bizerte confère au site les atouts dun port moderne.